Étiquette : fantasy

Fréquence fantasy : le bâtard de Kosigan

Avec son cycle de roman « Le bâtard de Kosigan », Fabien Cerutti imagine la France du XIVe siècle telle que la connaissons, avec les premiers rois Valois s’opposant à…

Avec son cycle de roman « Le bâtard de Kosigan », Fabien Cerutti imagine la France du XIVe siècle telle que la connaissons, avec les premiers rois Valois s’opposant à la lignée d’Angleterre, l’affirmation des puissantes communes flamandes et, perdu dans ce vaste paysage familier, des elfes, des nains et des dragons…

Pour en savoir plus, Fréquence médiévale, rebaptisée pour l’occasion Fréquence Fantasy, est allé enquêter auprès de l’auteur de ces romans qui mériteront de vous accompagner durant vos pérégrinations estivales.
Bonne écoute.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du cycle du Bâtard de Kosigan et sur le site des éditions Mnémos.

Merci pour le montage à Exomène sans Peur, notre hobbit bourguignon !

William Blanc

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Game of Thrones : dernière saison ?

Alors que vous vous apprêtez à regarder le dernier épisode de Game of Thrones, nous vous proposons d’écouter un enregistrement de l’excellente émission Culture Prohibée de radio qui vous permettra…

Alors que vous vous apprêtez à regarder le dernier épisode de Game of Thrones, nous vous proposons d’écouter un enregistrement de l’excellente émission Culture Prohibée de radio qui vous permettra d’en savoir plus sur l’origine de cette série, mais aussi de la fantasy, de Tolkien en passant par William Morris, et sur l’ influence grandissante de ce genre qui promet bien d’autres séries.

Bonne écoute à toutes et à tous :
Écoutez l’émission en suivant ce lien : http://podcast.grafhit.net/cultureProhibee/CP_S10E37.mp3
Écoutez l’émission via Deezer en suivant ce lien : https://www.deezer.com/fr/show/345382

Rappel. Nous vous renvoyons aussi à cet article sur la série d’HBO que nous avons publié récemment.

Playlist de l’émission :

  • Générique d’après DJ No Breakfast remixé par Léo Magnien.
  • Divers extraits des B.O. de Game Of Thrones (Ramin Djawadi), Le seigneur des anneaux (Howard Shore), Les sorciers de la guerre (Andrew Belling & Susan Anton) & Conan (Basil Poledouris) ;
  • What’s Going On (Marvin Gaye).
Le trône de fer dans la série Game of Thrones.
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Star Wars face au Moyen âge

Alors qu’un nouvel épisode de la franchise Star Wars s’apprête à déferler sur nos écrans comme une nuée de stormtroopers, il nous semble intéressant de proposer aux lecteurs et lectrices…

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Alors qu’un nouvel épisode de la franchise Star Wars s’apprête à déferler sur nos écrans comme une nuée de stormtroopers, il nous semble intéressant de proposer aux lecteurs et lectrices de Fréquence Médiévale un petit point sur les liens existants entre l’univers créé par Georges Lucas et l’imaginaire du Moyen Âge.

Arthurien à voir, ou presque !

On le sait, le Moyen âge fantasmé occupe une place centrale dans l’imaginaire dans pays occidentaux, et particulièrement aux États-Unis. Aussi, il n’y a rien d’étonnant que Georges Lucas, en créant l’univers de Star Wars dans les années 1970, se soit inspiré des quelques éléments médiévaux.
Par exemple, de nombreux auteurs ont fait le parallèle entre le premier film de la franchise et la légende arthurienne, notamment dans la version – immensément populaire dans les pays anglo-saxons – développée par le romancier anglais T.H. White (The Once and Future King – 1939 et 1958) et adaptée à l’écran par les studios Disney en 1963. Pensez donc ! Un jeune héros (Luke Skywalker), élevé chez des paysans, qui n’apprend sa véritable identité qu’avec l’aide d’un vieil ermite (Obi Wan Kenobi) doté d’étrange pouvoir. Tout cela n’est pas sans rappeler le jeune Arthur mis à l’abri chez sire Ector avant d’être retrouvé par Merlin. Le jeune roi de Camelot et Luke se ressemble sur d’autres points : tous deux héritent d’une épée magique et deviennent des chevaliers en instaurant/restaurant un ordre (la Table ronde pour Arthur, les Jedis pour Luke).
Luke finit même par sauver une princesse (Leia) des griffes d’un chevalier noir (Dark Vador) qui l’a enfermé dans une version futuriste d’un château (l’Étoile noire). Quant au triangle amoureux entre Luke, Han Solo et Leia, il renvoie – comme l’a noté par exemple Laurent Aknin – celui réunissant Arthur, Lancelot et Guenièvre. Seule la fin est différente, et pour cause. Alors que dans les romans arthuriens – notamment dans la Vulgate du XIIIe siècle repris par Thomas Malory au XVe – l’amour de Lancelot et de Guenièvre est un des facteurs qui conduit Camelot à sa perte, la trilogie de Georges Lucas propose au contraire un happy end très hollywoodien propre à rassurer un public américain qui, à la fin des années 1970, en a bien besoin. On y reviendra.

Dark Vador : le samouraï de l’ordre noir

Dark Vador, avant d’être un peu notre père à toutes et à tous (lisez dans votre cœur et vous saurez que c’est la vérité !), représente surtout, dans le film de 1977, l’incarnation du chevalier noir, de l’anti Jedi – ce que les films suivants, y compris l’horrible Episode 1 (La menace fantôme), va confirmer –, jusqu’à son costume et son casque qui emprunte au heaume des samouraïs, le kabuto. C’est d’autant plus vrai que Georges Lucas, grand fan de film de chanbara (film de sabre) japonais, s’est inspiré, pour le scénario du premier film du cycle, de La forteresse cachée (1958) d’Akira Kurosawa. Mais attention, ne manqueront pas de penser les nombreux fans avertis de Star Wars, beaucoup de gens affirment que le casque de Dark Vador n’est pas tiré de l’équipement des guerriers japonais médiévaux, mais s’inspire du stahlhelm porté par les soldats allemand durant les deux conflits mondiaux – comme l’explique notamment cet article de Patrick Peccatte.
Certes. Mais là encore, il s’agit, d’une référence directe au Moyen Âge. Laissez-nous nous expliquer. Tout d’abord, le stahlhelm est une copie modifiée de la salade médiévale – tous les casques des guerres mondiales sont issus de modèles médiévaux. Mais, au-delà de cela, il faut bien comprendre que dans la culture populaire américaine, depuis le Première Guerre mondiale, les Allemands et, par extension, les nazis – auxquels on associe très facilement le stahlhelm – sont assimilés à des tyrans féodaux barbares. Cela transparaît nettement dans les comics publiés durant le conflit de 1939-1945 durant lequel il est courant de voir Hitler et ses sbires diriger des troupes depuis un château ou torturer des héros dans un donjon médiéval. Ces représentations s’appuient certes sur des éléments réels – après tout, Himmler pensait récréer avec la SS une Table ronde racialement « pure » – mais elle permet surtout aux Américains de s’imaginer comme des êtres civilisés ou mieux, comme de nouveaux chevaliers arthuriens terrassant les oppresseurs « médiévaux » nazis. Le général Eisenhower, la veille du débarquement du 6 juin 1944, déclare ainsi aux millions de soldats qui s’élancent vers les plages normandes qu’ils embarquaient pour une « Grande Croisade ». On retrouve ce schéma dans le film Indiana Jones et la dernière croisade (1989), produit notamment par Georges Lucas, qui montre des nazis opérant depuis un château, contré par un américain – Indiana Jones – qui devient, à terme, l’héritier des chevaliers du Graal.

L’Amérique retrouve sa chevalerie

Star Wars arrive dans le paysage cinématographique à un moment où la plupart des grandes mythologies hollywoodiennes sont presque mortes. Le western classique, associé à l’Amérique conservatrice, a ainsi pris un rude coup au début des années 1970. L’image du cowboy solitaire et justicier a été battue en brèche par les productions italiennes (comme celles de Sergio Leone) et par celles de la jeune génération de réalisateur du Nouvel Hollywood (Midnight Cowboy par exemple).
Les films de chevaliers, genre populaire durant les années 1950, en pleine Guerre froide durant lequel les héros du Moyen Âge – roi Arthur en tête – sont mobilisés contre le communisme, sont marqués par la même tendance. Ainsi, La rose et la flèche (1976) met en scène un Robin des Bois vieillissant (Sean Connery) et un Richard Cœur de Lion brutal, indigne de l’idéal chevaleresque. Cette évolution parallèle de deux genres, le western et le film médiévaliste, n’a rien d’étonnant tant le cowboy et le chevalier ont été maintes et maintes fois comparés, voire fusionnés dans la culture populaire américaine, par exemple dans la série télévisée Have Gun – Will Travel (1957-1963).
Star Wars apparaît donc au milieu du désert. Écrit et réalisé par une des figures du Nouvel Hollywood, ce film est un moyen, pour les plus jeunes générations, comme l’a bien montré Susan Aronstein, de réactiver les mythes américains. Celui du cowboy (via la figure d’Han Solo, véritable gunfighter de l’espace), mais aussi celui du chevalier, à travers les personnages d’Obi-Wan Kenobi et de Luke Skywalker, luttant contre un empire maléfique, tout comme les chevaliers américains ont combattu l’Allemagne durant les deux guerres mondiales. Cette renaissance arrive à point nommé dans une Amérique démoralisée sa défaite au Vietnam (Saigon a été prise par les Vietcongs en 1975) et dont le modèle est remis en cause par les mouvements pour l’égalité sociale et raciale des années 1960 et par la crise provoquée par le choc pétrolier de 1973.
La rhétorique est rapidement récupérée par Ronald Reagan, élu président en 1980 et prônant une politique agressive à l’encontre de l’URSS. N’hésitant pas à populariser ses opinions auprès du grand public en renvoyant à des lieux communs cinématographiques – Reagan a été acteur à Hollywood et cultive une image de cowboy –, il fait plusieurs fois référence à Star Wars à ses propres fins. Le bloc Soviétique est ainsi décrit par le président en mars 1983 comme un « empire du mal » (« evil empire » en référence à l’empire maléfique de la trilogie de Lucas) contre lequel il propose de déployer un programme sophistiqué de satellite de défense vite baptisé « Guerre des étoiles » par la presse et grâce auquel, explique,t-il, « la Force est de notre côté », paraphrasant ainsi la très célèbre devise de l’ordre de chevaliers Jedi auquel appartient Luke Skywalker. Voilà la chevalerie américaine ressuscitée pour une nouvelle croisade (contre le communisme cette fois) d’autant plus que les Jedis partage de nombreuses caractéristiques avec les ordres militaires qui agissaient en Terre sainte aux XIIe et XIIIe siècles, templiers en tête (habits monacaux, célibat affiché).

Conclusion : Star Wars, un succès médiéval

Star Wars a rencontré un succès inattendu, mais en fin de compte facilement explicable. Georges Lucas a pris de nombreux éléments tirés de la culture populaire et de l’imaginaire en les habillant sous un jour nouveau : du western ou des films de guerre – notamment des combats d’aviation. Mais c’est l’utilisation du Moyen Âge fantasmé qui a rendu cet univers foncièrement familier à nos yeux et a assuré son succès, notamment l’imagerie de la fantasy, genre qui rencontre, à partir des années 1960, un succès grandissant avec par exemple des productions comme Les Sorciers de la guerre de Ralph Bakshi, qui sort en même temps que Star Wars. La plupart des grands personnages de la série ont quelque chose de médiéval. Les ayants droit de Chrétien de Troyes vont-ils attaquer Georges Lucas pour plagiat ?

William Blanc

Bibliographie

  • Blanc William, Le Roi Arthur. Un mythe contemporain, Paris, Libertalia, 2016
  • Aronstein Susan, Hollywood knights. Arthurian cinema and the politics of nostalgia, Palgrave Macmillan, 2005
  • Fraser John, America and the pattern of chivalry, Cambridge Univerity Press, 2009 (1re édition 1982)
"The Accolade de Star Wars", un détournement récent d'une peinture médiévaliste anglaise du début du XXe siècle "The Accolade" d'Edmund Leighton.
« The Accolade de Star Wars », un détournement récent d’une peinture médiévaliste anglaise du début du XXe siècle « The Accolade » d’Edmund Leighton.
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Quel Moyen Âge derrière « Game of Thrones » ?

Alors que le 8e et ultime saison de Game of Thrones va être diffusée, nous mettons en lien un article « Game of Thrones. Au-delà du réel » qui tente de voir…

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Alors que le 8e et ultime saison de Game of Thrones va être diffusée, nous mettons en lien un article « Game of Thrones. Au-delà du réel » qui tente de voir quelles ont été les sources qui ont servi à G.R.R. Martin pour créer son univers de fantasy. Loin de ce qui a été souvent dit, le monde de Westeros n’est pas plus « réaliste » que celui du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. Loin de s’inspirer des Rois Maudits de Maurice Druon ou de la Guerre des Deux-Roses, réagit surtout contre la fantasy de son temps.
Un article à lire en cliquant sur ce lien.
Bonne lecture.

William Blanc

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Fréquence fantasy : le steampunk et la fantasy vaporiste

Le steampunk, c’est de la fantasy avec de la vapeur. À moins que cela ne soit de la science-fiction. Pour y voir plus claire dans ce genre qui fait fureur…

Le steampunk, c’est de la fantasy avec de la vapeur. À moins que cela ne soit de la science-fiction. Pour y voir plus claire dans ce genre qui fait fureur dans l’imaginaire contemporain (pensez au film récent Mortal Engines ou a certains dessins animés d’Hayao Miyazaki), Fréquence médiévale est allé interviewer Arthur Morgan, co-auteur (avec Etienne Barillier) du Guide Steampunk paru chez ActuSf. Avec lui, nous avons explorer les univers vaporistes et leurs origines liées au mythe du roi Arthur.
Bonne écoute :

Quelques romans vaporistes à lire :

  • La Lune seule le sait, de Johan Heliot,
  • La Ligue des gentlemen extraordinaires, d’Alan Moore.
  • Arcadia de Fabrice Colin, où les préraphaélites et le mythe arthurien rencontrent le steampunk. Qui dit mieux ?

Merci à Exomène, notre vaporiste rien qu’à nous, pour le montage de cette émission, et à Cécile pour son soutien. Merci aussi à l’excellent festival Atrebatia d’Arras où nous avons enregistré l’émission.

William Blanc

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Les dragons au Moyen Âge… et au-delà

Les dragons fascinent notre imaginaire. On les aperçoit dans les films ou les séries de fantasy. mais comment les percevait-on au Moyen âge où ils étaient considérés comme des animaux…

Les dragons fascinent notre imaginaire. On les aperçoit dans les films ou les séries de fantasy. mais comment les percevait-on au Moyen âge où ils étaient considérés comme des animaux à part entière. Pour en savoir plus, nous sommes allés poser quelques questions à l’anthropologue Jean-Marie Privat qui a dirigé deux ouvrages passionnants sur la question : Dans la gueule du Dragon (2000) et Dragons : entre sciences et fictions (2006).

Fréquence médiévale : Quelles sont les légendes draconiques les plus en vogue au Moyen âge ?

Jean-Marie Privat : Il convient de distinguer deux périodes. Le premier Moyen Âge a connu surtout des légendes à dragons liées à la christianisation des couches de la population les plus rétives à changer radicalement de croyances. La « stratégie » de l’Église envers les rustici (les paysans) semble avoir été de développer un catéchisme de la peur dans lequel les images et les imaginaires à dragons s’organisent autour d’une conception dogmatique : le dragon c’est le Malin, le dragon c’est le Mal, nocturne et diabolique, hybride et malfaisant. Il convient ainsi que les saints (St Michel, St Georges, St Marcel, etc.) et même les saintes (Ste Marguerite, Ste Marthe) affrontent le monstre païen – à Paris, à Metz, à Tarascon, etc. – et l’éliminent. On retrouve des combats à la vie à la mort dans Tristan et Yseult et dans les récits autour du roi Arthur, et bien d‘autres. Mais dans ces mythes « littéraires », ce sont plutôt les chevaliers qui combattent le dragon, à leurs très grands risques et périls, comme en un rite de passage.
La fin du Moyen Âge sera plutôt une période d’efflorescence des dragons des villes. Les dragons urbains sont particulièrement présents sur les blasons des cités libres, riches et marchandes et dans les défilés que ces villes franches aiment à offrir à leur population, à s’offrir à elle-même en quelque façon. Dans ces processions festives, le dragon est promené en effigie et petits comme grands s’amusent à se faire peur avec un bestiaire domestiqué (les ours, les lions voire les loups font aussi l’affaire !). C’est en somme le totem de la Cité, un signe de reconnaissance et de ralliement, un jeu collectif avec l’ensauvagement rituel et public. Et le dragon, dûment tenu en laisse, crache des bonbons ou un feu d’artifice, boucle son tour de ville, disparaît pour revenir à date fixe, un an plus tard.

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Paolo Uccello, Saint Georges et le dragon (1450-1455)

FM : Quelle apparence avait les dragons au Moyen âge ?

JMP : Les dragons médiévaux, les « vrais » si j’ose dire, font partie d’un bestiaire fabuleux ou exotique très riche (licorne, animaux à trois têtes, etc.). La particularité physique des dragons est d’être composite. La Bible donnait déjà la liste des animaux purs et impurs – le livre du Lévitique en particulier). Or, une des raisons de ces interdits alimentaires réside dans l’hybridité de ces animaux (par exemple, les grenouilles qui vivent dans et hors de l’eau, les escargots qui sont à la fois mâles et femelles, etc.). Ainsi, jusqu’au Moyen Âge cette hybridité était-elle perçue comme répugnante et dangereuse. Les dragons volent comme des oiseaux, portent des écailles comme les poissons, ont une queue de mammifères. Ils apparaissent dans les airs, se cache au fond des forêts ou dans des grottes, se cachent dans les marais ou sur les berges des rivières qui serpentent. Ils sont ainsi au plus loin des valeurs d’harmonie et d’homogénéité, de continuité et de pureté donc, que valorise la culture médiévale, tant la culture folklorique ou officielle que la culture savante sacrée.
Les dragons sont toutefois des « créatures » paradoxales, car si elles ne sont pas anthropomorphes elles permettent toutefois de « penser » un trait anthropologique fondamental, le rôle de la femme, du corps fécond de la femme. La femme (la femelle) a cette extraordinaire propriété d’enfanter du même (une fille) comme de l’autre (un garçon). Cette faculté intrigue les humains, sur le plan cognitif pourrait-on dire : comment le même peut engendrer l’autre (relativement autre). Tout se passe comme si cette « bivalence » se trouvait incarner par l’ambivalence physique du dragon, cette familière étrangeté comme dirait S. Freud.

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Le dragon Smaug peint par J.R.R. Tolkien pour la première édition de Bilbo le Hobbit (1937)

FM : En quoi les dragons qui peuplent la littérature, les jeux, la fantasy, sont-ils différents des dragons médiévaux ou anciens ?

JMP : Sans trop sortir de mon domaine de moindre incompétence, il me paraît que les dragons modernes et contemporains ont achevé leur parcours religieux (le diabolique) et politique (le totémique). Ils sont aptes à être investis par d’autres valeurs, d’autres usages aussi. Pas n’importe lesquels toutefois (ils ne jouent que rarement le rôle de doudou par exemple !). « Nos » dragons sont festifs (déguisements) ou ludiques (les jeux à dragons). Ils incarnent une fantaisie précisément, une facétie presque de la nature. Ils sont source de ce que les anthropologues appellent un « ensauvagement symbolique », un ensauvagement dans le symbolique, « pour s’amuser » ou « pas pour de vrai », un peu comme pour le Père Noël, autre ensauvagement cyclique et festif très contemporain. Pourquoi ces dragons de fiction peuvent-ils fort bien se ressourcer à des imaginaires médiévaux ? Une des raisons est que le Moyen Âge est pour nous [au moins depuis le romantisme] une époque de rêverie culturelle à la fois proche et lointaine… Une autre raison tient sans doute au fait que l’époque moderne voit se développer toujours plus l’empire de l’écrit. Or, l’emprise de l’écrit c’est – entre autres bien sûr ! – le règne sans partage de la ligne, la ligne droite, régulière, continue, homogène, presque abstraite sur laquelle je lis / vous lisez ce texte. La saturation au linéaire, au rectiligne, à l’alignement, bref à l’impératif omniprésent de la ligne droite (d’écriture et autres) menace ! Alors, c’est le courbe, l’arabesque, le tortueux, le sinueux, l’onduleux qui déploient alors leurs séductions serpentines… Et voilà notre dragon dans la cour de récréation/re-création…

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Gary Gygax, Frank Mentzer, Dungeons and Dragons, 1983. La dragon à jouer.

Propos recueillis par William Blanc

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Aux sources de la fantasy : William Morris. Entretien avec David Meulemans

Il a inspiré Tolkien, et après lui, une grande partie de la fantasy, genre qu’il a contribué à fonder. Il a été membre des préraphaélites, mouvement qui a mis en…

Il a inspiré Tolkien, et après lui, une grande partie de la fantasy, genre qu’il a contribué à fonder. Il a été membre des préraphaélites, mouvement qui a mis en peinture le Moyen âge idéalisé du XIXe siècle. Il est connu et reconnu en Angleterre et pourtant longtemps ignoré en France. William Morris (1834-1896) est aujourd’hui peu à peu découvert par le public francophone, notamment grâce aux traductions de ses œuvres par Les Forges de Vulcain. Cette maison d’édition indépendante a notamment publié, pour la première fois en français, un fac-similé de La Source au bout du monde avec une préface d’une des grandes spécialistes françaises de la fantasy, Anne Besson. Entretien avec son fondateur et directeur, David Meulemans.

William Blanc : Quel rôle a joué William Morris dans l’apparition de la fantasy ?

David Meulemans : À l’époque de William Morris, la fantasy n’existe pas. À proprement parler, ce genre littéraire ne prend sa forme précise qu’avec J. R. R. Tolkien et la publication du Hobbit en 1937. Mais, entre 1850 et 1910, de nombreux romanciers et romancières produisent des textes que l’on peut rétrospectivement inclure dans ce genre. William Morris n’est pas seul, mais son influence est importante, notamment sur Tolkien. La fantasy apparaît à un moment paradoxal, comme à contre-courant de l’évolution de la littérature. En effet, c’est au XIXe siècle qu’apparaît pleinement la littérature populaire, avec le développement de la lecture et de l’édition. Or, si les lecteurs et lectrices sont de plus en plus nombreux à cette époque, ils sont moins lettrés que les lecteurs et lectrices du siècle précédent – et nombre d’écrivains comprennent que la littérature « allégorique », ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui la littérature de l’imaginaire, requiert une culture littéraire classique, que tout le monde ne possède pas encore vers 1850. Ainsi, de grands auteurs du début du XIXe siècle, comme Nathaniel Hawthorne ou Mary Shelley, sont perçus comme appartenant à un autre temps de la littérature, une époque précédant la démocratisation de la lecture. L’œuvre littéraire de Morris se constitue à une époque où tous les grands écrivains se ruent vers la littérature naturaliste : une littérature qui parle du monde réel, du monde que les lecteurs connaissent. C’est d’autant plus paradoxal que Morris est un auteur qui professe des idées très à gauche. En fait, la fantasy manifeste la tension qui anime les arts anglais en 1870, et notamment le courant dominant de l’époque, le courant Arts & Crafts, qui demande que chaque objet soit à la fois beau et utile. L’esthétique victorienne est à la recherche d’une synthèse entre deux impératifs opposés : le luxe et l’utilité. La fantasy naît alors, et encore aujourd’hui, elle porte l’empreinte de cette synthèse impossible : c’est une littérature du style, à l’imaginaire fastueux, et ce luxe de détails, de personnages, d’univers, est parfois dénué de visée politique ou éducative – contrairement à la SF qui a souvent produit des textes à message ou avec un contenu politique fort. Pour revenir à Morris, c’est un grand lecteur de Walter Scott. Parallèlement, sa proximité avec les peintres pre-raphaéliques lui fait chercher dans le Moyen Âge un contre-modèle, un idéal qui s’oppose au monde qu’il a sous les yeux : le monde industriel, capitalistique, de la standardisation des arts et de l’exploitation humaine. Cette passion pour le Moyen Âge, va se manifester aussi par un travail de recherche sur les sagas islandaises et les légendes nordiques en général. En un sens, Morris prend le roman historique, et lui ajoute la magie : cette déviation lui permet de présenter ces mondes imaginaires comme autant de miroirs utopiques aux lecteurs de son époque.

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WB : Comment Tolkien s’est-il inspiré de William Morris ?

DM : Tolkien a étudié au même collège que Morris : Exeter et a une très bonne connaissance de son œuvre plastique – et une moindre connaissance de son œuvre littéraire. L’idée d’un Moyen Âge imaginaire est à coup sûr une invention de Morris qui a intéressé Tolkien. Par contre, il est à noter que quand, dans les années 1910 à 1950, on parle de Morris en Angleterre, on pense à lui pour deux raisons : son apport aux arts et ses positions politiques. En effet, Morris a été un des fondateurs d’un des premiers partis communistes britanniques, en 1884. Et, pour les jeunes gens qui sont étudiants dans les années 1900 à 1930, Morris propose une forme de socialisme séduisant : esthète, poétique, généreux, mais pas marxiste. Ainsi, le futur Premier ministre Attlee, qui passe par Oxford vers 1900, désigne Morris comme la source de ses idées travaillistes. Or, Tolkien n’apprécie pas du tout cet aspect de Morris : Tolkien était peu politisé, mais demeurait conservateur. Et il n’apprécie pas l’influence de Morris. Cela étant, un des mots les plus importants de Tolkien est un mot qui lui vient de Morris : « Fellowship », un terme qui recouvre des sens variés – amitié, camaraderie, bienveillance mutuelle. En effet, la devise de Morris était « Fellowship is life ». Pour Morris, c’est une phrase politique : l’amitié, c’est la première vertu politique. Mais pour Tolkien, la dimension politique est repoussée au profit d’une dimension morale, déjà présente chez Morris : le salut vient de l’entraide entre les héros. En un sens, Morris et Tolkien sont tous les deux prudents quant aux bénéfices des États. Pour ces deux auteurs, le salut collectif passe par la vertu individuelle et les cercles amicaux. D’ailleurs, cette croyance politique ne fait que renforcer leur choix de situer leurs œuvres dans des Moyens Âges uchroniques, imaginaires.

WB : Pourquoi traduire et éditer les œuvres de William Morris aujourd’hui ?

DM : Tout simplement car elles ont été très peu traduites. Plus exactement, les essais de Morris, qu’ils portent sur les arts ou la politique, ont été abondamment traduits en français. Au sein de sa fiction, un texte a été régulièrement publié en français : Les nouvelles de nulle part, une uchronie utopiste très « communiste libertaire ». Mais le reste de son œuvre de fiction est inédit. Combler cette lacune est importante – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les éditions Aux forges de Vulcain sont aidées dans ce projet par le Centre national du livre. Mais il faut aussi reconnaître que les romans de Morris, lors de leur publication initiale, n’ont pas été de grands succès. Le choix de mondes imaginaires, leur écriture ornementale, a contribué à les rendre inactuels pour leurs contemporains. Les publier aujourd’hui en français permet de leur donner une actualité qu’ils n’ont peut-être jamais eue. Ils sont comme un modèle de synthèse entre art et politique. À l’époque de leur première publication, l’heure était à la littérature naturaliste par refus de la littérature allégorique, perçue comme bourgeoise – à notre époque, c’est la littérature naturaliste qui est devenue une littérature bourgeoise, une littérature assise, une littérature vaincue par le réel. À l’inverse, la littérature de l’imaginaire s’impose comme une littérature à la fois de divertissement, et une littérature du possible, qui ne détourne du réel que pour y ramener avec plus de force. Publier Morris aujourd’hui, c’est l’occasion de faire réfléchir sur la politique, sur l’héroïsme, sur la destruction de la nature, sur l’industrialisation, sur l’humanisme. C’est aussi donner un modèle d’ambition aux écrivains de notre temps.

WB : Pourquoi avoir traduit La Source au bout du monde sous la forme d’un fac-similé de l’édition originale ?

DM : Morris aspirait à être, à la fois, un esthète et un homme près du peuple. Si bien que, de son vivant, la majeure partie de ses romans a eu deux éditions concurrentes. D’un côté, une édition classique, destinée au public. Une édition sans fioriture, qui ressemblait à tous les livres de son époque. D’un autre côté, une édition qu’on qualifierait aujourd’hui de luxueuse, qu’il imprimait lui-même sur ses propres presses, au sein de la maison qu’il avait créée à cet effet : les Kelmscott Press. Cette édition avait un tirage limité – on peut en trouver des échantillons dans la grande salle de la British Library, à Londres. Morris n’était pas qu’un écrivain ou un activiste, c’était, peut-être avant toute autre chose, un architecte, un designer, un typographe et un imprimeur. C’était un artisan. Si bien qu’il est difficile de publier les textes de Morris, aujourd’hui, sans s’inspirer de son travail éditorial. D’ailleurs, notre édition est inspirée par cette édition originale, mais n’en est pas une copie. Par exemple, la police de caractères qu’employait Morris était un « revival » d’une police médiévale, qui est difficile à lire pour le lecteur contemporain : nous ne l’avons pas conservée, mais, ici ou là, nous avons repris des éléments de cette édition, afin de faire signe vers l’univers de Morris, qui, autant que littéraire, est un univers artistique.

La Source au bout du monde de William Morris, publié aux éditions des Forges de Vulcain (trad. Maxime Shelledy et Souad Degachi) est disponible pour la somme de 28 euros sur ce site et dans toutes les bonnes librairies.

L’édition 1896 de La Source au bout du monde.
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Le fac-similé, en français, publié par les Forges de Vulcain.

William Blanc

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La Fantasy de A à Z

Cartographie de la Fantasy « Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l’universitaire Anne Besson à l’occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la…

Cartographie de la Fantasy

« Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l’universitaire Anne Besson à l’occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la Fantasy. Un imposant collectif de plus d’une centaine d’entrées qui nous permet, d' »Amour » à « Vikings » et de « Barbares » à « World of Warcraft » de topographier au mieux des mondes où se croisent Tolkien et Conan, Game of Thrones et Harry Potter. »

Emission diffusée le samedi 16 février sur les ondes de France Culture dans l’émission « Mauvais Genres ».


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Fréquence fantasy avec Jean-Philippe Jaworski

Jean-Philippe Jaworski est sans conteste une des très grande plumes de la fantasy francophone. Après avoir écrit des jeux de rôles, il a notamment publié l’excellent roman Gagner la guerre…

Jean-Philippe Jaworski est sans conteste une des très grande plumes de la fantasy francophone. Après avoir écrit des jeux de rôles, il a notamment publié l’excellent roman Gagner la guerre (2009), récit picaresque fortement inspiré de l’histoire de Venise au Moyen Âge et qui vient d’être adapté en bande dessinée par les éditions Le Lombard (dessins par Frédéric Genêt). Il a accepté de répondre à nos questions lors du dernier festival des Imaginales entre deux séances de dédicaces.
Bonne écoute

Merci à Exomène, le Benvenuto des MP3.

William Blanc

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Arthur, Robin et les autres… Les mythes médiévaux revisités au XXe siècle

LES MYTHES MÉDIÉVAUX REVISITÉS AU XXe SIÈCLETrois rencontres Mardi 5 février, jeudi 21 février, mardi 19 mars 2019 à 18h organisées par la Société des Amis du musée de Cluny. …

LES MYTHES MÉDIÉVAUX REVISITÉS AU XXe SIÈCLE
Trois rencontres Mardi 5 février, jeudi 21 février, mardi 19 mars 2019 à 18h organisées par la Société des Amis du musée de Cluny

Jamais le Moyen Âge n’a autant été présent dans le paysage culturel. Romans, films, bandes dessinées, jeux, publicités, la fascination pour l’époque médiévale prend des tours et des détours parfois déroutants, souvent originaux, mais toujours fascinants. Pour en savoir plus, la Société des Amis du musée de Cluny vous propose ce cycle de conférences pour découvrir en trois temps le Moyen Âge dans la culture populaire d’aujourd’hui.

Mardi 5 février – 18h : Le mythe arthurien, du cinéma à la BD (Rendez-vous : Le bloc, 10 bis rue du Sommerard Paris 5, métro Cluny La Sorbonne).

Jeudi 21 février – 18h : Games of thrones, une histoire de la Fantasy (Rendez-vous : Le bloc, 10 bis rue du Sommerard Paris 5, métro Cluny La Sorbonne).

Mardi 19 mars- 18h : Robin des bois en Amérique (Rendez-vous : Institut finlandais, 60 rue des Ecoles, Paris 5 Metro Cluny La Sorbonne)

Accès gratuit. Réservation indispensable au plus tard 8 jours avant chaque rencontre auprès de : amis.musee.cluny [at] outlook.fr

Intervenant : William Blanc.

2 commentaires sur Arthur, Robin et les autres… Les mythes médiévaux revisités au XXe siècle

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