Les assassins, groupe religieux chiite (autrement appelé nizârites) auquel se sont confrontés (et parfois alliés) les croisés ou les templiers, fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre. Les légendes associées au « vieux de la montagne » à la forteresse d’Alamut (en Iran actuel) et à des sectateurs fanatisés par la consommation de haschich se retrouve par exemple dans la franchise Assassin’s Creed. Cette image doit beaucoup, entre autres, au roman de Vladimir Bartol, Alamut, publié en 1938, dans lequel l’auteur critiquait la montée du fascisme en Italie (où vivait Bartol) en Europe en usant de l’imagerie fantasmée des assassins.
Mais qui étaient en réalité les nizârites ? Pour en savoir plus, l’école de Chartes à mis en ligne une très intéressant conférence de Laura Minervini, professeur à l’Université de Naples Federico II, le 9 novembre 2016 : « L’invention des Assassins. Genèse d’une légende médiévale « 

Pour en savoir plus, lisez aussi cet article : Croizy-Naquet Catherine, « Légende ou histoire ? Les assassins dans l’Estoire de guerre sainte d’Ambroise et dans la Chronique d’Ernoul et de Bernard le Trésorier », Le Moyen Age, 2011/2 (Tome CXVII), p. 237-257 :

« Pendant la période médiévale et au-delà, l’histoire des assassins est un « motif littéraire majeur » au Moyen Âge selon C. Jambet . Connue sous le nom de bâtiniens ou ismaïliens chez les auteurs arabes, cette secte chiite des nizarites est née en 1094 du schisme qui, au moment de la succession d’al-Mustansir au califat fatimide d’Égypte, a déchiré le mouvement ismaélien en deux branches rivales . Emmenée par le Persan Hasan Ibn al Sabbâh, elle s’est d’abord implantée en Iran dans les dernières années du XIe siècle, avant de s’étendre en Syrie au début du XIIe siècle. Démunie des moyens militaires suffisants pour affronter les forces militaires turques, elle a constitué un puissant réseau de forteresses recluses dans les chaînes montagneuses de la Syrie et du nord de l’Iran. Dans le dessein d’impressionner ses adversaires, Hasan a mis au point l’assassinat de personnages de haut rang, perpétré systématiquement sous les yeux du public par des sectateurs dévoués. Miroir des structures culturelles complexes du monde musulman , la secte est d’emblée évaluée comme une menace religieuse mais aussi comme un danger politique, puisque ses membres se font volontiers le bras armé de gouvernants avides d’éliminer un rival encombrant. Fascinante et spectaculaire, elle a prêté dès le Xe siècle à de virulents pamphlets aux origines d’une « légende noire », condamnant ses hérésies et ses pratiques absurdes. Les Francs découvrent ces nizarites au moment où ils établissent de nouvelles forteresses aux confins de la principauté d’Antioche et du comté de Tripoli. Le terme « assassins » sous lequel ils les dénomment est apparu pour la première fois vers 1123 en guise d’injure dans une épître polémique adressée au califat fatimide pour dénoncer les prises de position de la secte. Dérivé de l’arabe hashîshiyya signifiant « consommateurs de haschich », il permet d’assimiler métaphoriquement les nizarites aux consommateurs de haschich exclus de la société, parce qu’ils nuisent à l’islam en raison de leur libertinage, de leur mépris de la Loi et de leur impiété . Mais ce lien abusif, incompatible avec l’ascétisme du dirigeant et la discipline de ses adeptes, s’est révélé fort commode chez les Occidentaux incultes en matière de martyrologie chiite, pour justifier le comportement irrationnel de cette « bande de fanatiques drogués, menée par des imposteurs intrigants », suivant les termes de B. Lewis . Au XIVe siècle, dans l’ensemble des langues européennes, le nom est devenu un nom commun, sous le vocable « assassins », désignant un meurtrier avec préméditation . »

William Blanc