Alors que la seconde saison de la série Knightfall est dévoilée par la chaîne History, revenons très brièvement sur cette série consacrée à l’ordre du Temple. Sa recette est simple et ressemble un peu à ce qui a été fait avec la série Vikings (produit par la même chaîne, nous en parlions ici). Prenez tous les poncifs possibles sur les Templiers et le Graal, mélanger (beaucoup) au mixer, ajouter une pincée d’intrigues politiques à la Game of Thrones, mettez au bûcher… pardon, au four à 180°, et voilà.
Le résultat : du grand n’importe quoi au niveau historique mais, en fin de compte, une série plaisante lorsqu’on la prend au septième degré et qu’on s’amuse à repérer les références (pseudo-)historiques des scénaristes dont nous vous livrons ici une liste non exhaustive. Attention, spoilers.

  • Lien fait entre les templiers et la quête du Graal. Les moines-soldats sont décrits comme les gardiens de la coupe sacrée (qu’ils perdent évidemment au début de la série et qu’ils tentent par la suite de retrouver). De plus, deux membres du Temple portent des noms de chevaliers de la Table ronde (Gauvain et Perceval). Certes, l’association entre le Graal et les Templiers est évoquée dans un texte médiéval avec d’être repris dans d’obscurs ouvrages ésotériques ultra-réactionnaires. Mais dans le grand public, elle était largement oubliée. Cette théorie ne sera en réalité largement diffusée qu’à partir de 1982, dans un essai pseudo-historique britannique L’Énigme sacrée (The Holy Blood and the Holy Grail – 1982) dont se moque Umberto Eco avec son roman Le Pendule de Foucault (1988). L’idée est reprise en 2003 par Dan Brown pour son best-seller mondial Da Vinci Code. À chaque fois, les Templiers sont décrits comme une société secrète surpuissante protégeant la coupe sacrée (ou ce qu’elle représente) depuis de nombreux siècles. Les auteurs de Knightfall s’inspirent largement de cet imaginaire en se replaçant à l’origine supposée de la disparition de l’artefact et des moines-soldats. Reste à savoir quel complot mystérieux (car complot il y aura certainement) se cache derrière la disparition du Graal dans la série de la chaîne History. Nous en saurons plus en regardant les prochains épisodes dont nous vous ferons un compte rendu.
  • Gauvain et Perceval. Le premier servant de maître au second. Jolie variation sur le Conte du Graal de Chrétien de Troyes (fin XIIe siècle), même si, dans ce texte, aucun des deux chevaliers n’est un templier.
  • Perceval amoureux d’une jeune juive. L’inspiration vient sans doute du texte Parzival de Wolfram von Eschenbach écrit au XIIIe siècle. Les Templiers, notamment le héros de la série (le templier Landry), se mobilisent d’ailleurs, armes à la main, pour protéger les juifs des persécutions. Chose impossible dans la réalité. Non seulement les templiers n’ont pas réagi à la grande expulsion des juifs du royaume de France en 1306, mais il y avait de toute façon en Occident très peu de combattants du Temple pour s’opposer à la volonté du roi Philippe. En réalité, la tolérance religieuse dont fait acte Landry ou Perceval permet surtout de rendre les personnages principaux acceptables pour un public moderne.
  • Les cathares gardiens du Graal. Cette légende est née dans les cercles occultistes au XIXe siècle. Au XXe siècle, un nazi, Otto Rahn, tente même de trouver le Graal au château de Montségur, une des dernières places fortes de l’hérésie prise en 1244. Il pense en effet que le Graal et les cathares étaient des survivances de la véritable religion de la « race blanche » étouffée par un christianisme impulsé par les juifs (oui, oui… Rahn était parti très loin dans sa tête). Inutile de dire qu’il n’a pas trouvé la coupe sacrée dans les Pyrénées et que les cathares sont autant liés au Graal qu’à la guitare d’Elvis Presley. Mais l’idée est tellement séduisante pour des scénaristes en mal de complots faciles que le lien entre l’hérésie la plus célèbre du Moyen âge et le bocal à anchois le plus fameux du monde est devenu un lieu commun de la culture populaire.
  • La présence des Assassins. Nombre d’auteurs aiment bien connecter les Assassins (dont nous avons déjà parlé ici) et les Templiers. Pourtant, si les deux groupes étaient contemporains, ils n’avaient en réalité pas grand-chose à voir. Les « Assassins » représentaient une tendance de l’Islam. Les Templiers, eux, constituaient un ordre militaire. Qu’importe ! Depuis une trentaine d’années, et encore plus depuis le succès du jeu vidéo Assassin’s Creed (dans lequel templiers et Assassins s’entre-déchirent depuis des millénaires), impossible d’évoquer les uns dans une série sans que les autres apparaissent. Les producteurs de Knightfall ont quand même poussé le bouchon un peu loin… outres les assassins couverts de chèches noirs se baladant tranquilles dans la Paris du XIVe siècle, une spadassin mongole (???) cachée par un masque en métal utilisant le feu grégeois pour commettre des attentats est tellement too much que ça nous a bien fait rire à la rédaction de Fréquence médiévale.
KnightFall_assassin_2
  • Le druide… quelle idée de mettre un druide au XIVe siècle en France ? En même temps, il devient de plus en plus courant, dans les films anglo-saxons, d’assimiler des sorciers (et les sorcières) à des prêtres païens dont les cultes auraient survécu clandestinement depuis l’Antiquité. L’idée est née du XIXe siècle (notamment dans La Sorcière de Jules Michelet). On en parlait ici :
  • La reine amoureuse d’un templier (et inversement). Pas de série télévisée sans les intermèdes Closer. Maurice Druon dans Les Rois Maudits faisait pareil, en s’appuyant tout de même un peu plus solidement sur la réalité historique. Avec Knightfall c’est la fête, avec en prime une histoire passionnelle entre l’héritier de la couronne de Catalogne (les scénaristes voulaient peut-être dire l’Aragon) et la fille de Philippe le Bel, avec, entre les deux amants un conseiller vicieux (Guillaume de Nogaret, un tantinet risible) et la mongole/ninja/terroriste…
  • Un chevalier Jedi s’est glissé dans la série au début de la saison 2. Non, non, ce n’est pas une blague : Mark Hamill (alias Luke Skywalker) a obtenu un rôle dans Knightfall. Pas étonnant, tant l’univers de Star Wars est rempli d’imagerie médiévale et que l’ordre Jedi est fortement inspiré par l’ordre du Temple.
Mais où est donc Luke Skywalker ?
  • Enfin, les Templiers apparaissent dans Knightfall comme un État dans l’État, capable de mobiliser une armée au cœur du royaume de France. L’idée est aussi vieille que le procès et la condamnation de l’ordre et a fait les choux gras de nombreuses fictions.

Nous n’en relèverons pas plus pour éviter d’autres spoilers, d’autant que l’intrigue prend des tournures complètement loufoques à la fin de la saison 1 (du grand n’importe quoi…). On a bien ri en tout cas et on attend la suite avec impatience (si, si).

William Blanc