Il est arrivé ! Un an après le colloque Kaamelott (rappelez vous, nous lui avions consacré plusieurs émissions de Fréquence Médiévale à écouter ici et ), les chercheuses et chercheurs qui, pendant deux jours, s’étaient amusés à décortiquer la série d’Alexandre Astier, ont regroupés leurs analyses (voir le sommaire plus bas) dans un livre qui amusera et fera réfléchir tous les fans de bocaux à anchois… entretien 100% subjectif avec les deux directeurs de l’ouvrage, Florian Besson et Justine Breton.

Fréquence médiévale : Des actes de colloque sur Kaamelott ? Cette série serait-elle en train d’être considérée en tant que telle ?
Florian Besson et Justine Breton : C’est pas faux ! En proposant une vision décalée des récits médiévaux, Kaamelott a choisi à l’origine de faire rire à partir de sujets nobles : les chevaliers de la Table ronde, la quête du Graal, l’amour de Lancelot et Guenièvre, etc. Les légendes arthuriennes sont réécrites et étudiées depuis des siècles, et il n’y avait pas de raison pour que Kaamelott échappe à la règle de l’analyse – d’autant plus que faire rire est un art bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il y avait donc plusieurs niveaux de lecture à creuser: à la fois les sources historiques et littéraires employées par la série, et la façon dont ces éléments étaient détournés et réinvestis pour créer une version originale d’une légende que l’on connaît tous.

FM : Les chercheuses et chercheurs qui participent à l’ouvrage viennent de tous les horizons (historiens, littéraires, musicologues, sociologues) ? Comment se fait-il que Kaamelott touche tant de disciplines ?
FB / JB : Kaamelott est une œuvre complète, qui réinvente la cour arthurienne sous toutes ses facettes: on assiste aussi bien aux conseils de guerre du souverain avec ses chevaliers qu’aux scènes intimes avec sa femme et ses maîtresses, et aux moments de doute où le roi joue avec sa nourriture. Si l’on considère la série comme une « vue en coupe » de la vie de la cour, il paraît logique que l’on puisse y voir tant de choses. Et c’est justement là l’un des intérêts essentiels de la série: montrer que l’histoire ne s’arrête pas seulement aux faits d’armes et aux grands événements politiques, mais consiste aussi (et surtout?) en tous ces fragments de quotidien.

Pensez-vous que votre ouvrage va inciter des professeurs d’université ou de secondaire à utiliser Kaamelott dans leurs cours ?
FB / JB : Heureusement, les enseignants ne nous ont pas attendu pour s’emparer de Kaamelott. De nombreux cours du secondaire et du supérieur sont déjà menés, de façon plus ou moins ponctuelle, grâce à ce support historique et littéraire d’un nouveau genre. En publiant les scripts de la série, Alexandre Astier s’amusait dans la préface à évoquer les étudiantes de lettres qui pourraient annoter ses textes : c’est bien ce qu’il se passe, car la série est devenue un objet d’étude à part entière. Kaamelott est un programme riche, qui permet d’être utilisé pour parler du Moyen Âge, de la légende arthurienne, mais aussi pour analyser la construction de saynètes, l’écriture comique, les jeux sur le rythme, etc.

FM :Au final, est-ce qu’il y a de quoi faire un deuxième colloque ?
FB / JB : Absolument ! Nous n’avons pas encore épuisé la matière que représente Kaamelott, d’autant plus que cette aventure elle-même n’est pas terminée. Le tournage du premier film étant prévu pour cette année, il serait intéressant de se pencher de nouveau sur la question une fois que l’histoire proposée par Alexandre Astier sera achevée.

FM : Et sinon, elle est où la poulette ?
FB / JB : Probablement cachée avec le Graal : dans ton c…

Kaamelott, un livre d’histoire Sous la direction de Florian Besson et Justine Breton, Publié par les éditions Vendémiaire, 336 pages • 22 euros

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Sommaire de l’ouvrage

Introduction. Kaamelott, la (re)lecture de l’histoire, par Florian Besson et Justine Breton. Perceval ou le malentendu chevaleresque, par Aurélie Houdebert – Perceval et la Poétique d’Aristote, par Nathalie Catellani Kaamelott ou la chair revisitée, par Marie Dupuy – Quand la Table ronde se moque des chercheurs, par Servane Rayne – Drôles de bêtes à la Table ronde, par Noëmie Budin – Réécrire les îles médiévales, par Morgane Leclerc De l’idéal de la Table ronde à la pratique du pouvoir, par Jonathan Bocquet – La justice du royaume de Logres, par Rudi Beaulant Guenièvre, reine de Logres, par Camille Bellenger – Merlin, druide désenchanté, par Justine Breton – Combattre le dragon dans Kaamelott, par Lucie Herbreteau – L’Antiquité romaine au cœur du Moyen Âge breton, par Pauline Ducret – Quand l’armée romaine occupe la Bretagne, par Maxime Emion – La fin de l’Empire romain, par Magali Coumert et Bruno Dumézil – Festins à la cour du roi Arthur, par William Blanc – Le Viking et son casque, par Pierre-Brice Stahl – Arts et artistes à la cour du roi Arthur, par Marie Quillent – Quand les chevaliers se mettent à chanter, par Matthias Lakits – Les jeux du Moyen Âge revisités, par Vincent Berry, Manuel Boutet, Samuel Coavoux et Hovig Ter Minassian – Kaamelott et les mondes de la fantasy, par David Peyron.

Propos recueillis par William Blanc