L’ordre de moine-soldat est aujourd’hui célèbre. On ne compte plus les œuvres de fictions les romans et les films dans lesquels ont voit apparaître ces chevaliers à l’habit blanc frappé d’une croix rouge. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’ils sont à l’origine d’une des spécialités culinaires qui font aujourd’hui la renommée de la gastronomie hexagonale. En effet, nombre de moines-soldats, partis en Terre sainte pour protéger les pèlerins et Jérusalem, venaient pour beaucoup d’Europe, et plus particulièrement du nord de la France. Nombre d’entre eux, obligés de rester de très nombreuses années dans des contrées lointaines, finissaient par avoir le mal du pays, y compris sur le plan culinaire.

Parmi les mets qui leur manquaient le plus et que nulle spécialité méditerranéenne ne put remplacer, le fromage, particulièrement celui issu du lait de vache, fut de loin le plus demandé (le vin étant présent en abondance en Orient). Aussi, le très riches et puissant ordre du temple, sans doute dans l’objectif d’entretenir le moral de ses troupes, a-t-il fortement investi, notamment dans ses commanderies normandes, pour augmenter la production de fromage de vache. C’est en tout cas dans ce sens que l’on doit interpréter les comptes de l’ordre dans du diocèse de Lisieux (à une quarantaine de kilomètres de Camembert) récemment traduits et édités dans sa thèse par l’historienne M. Chabon. Celle-ci explique dans un article à paraître que les templiers ont, en l’espace de dix ans, entre 1172 et 1182, « quadruplé la surface de leurs terres consacrées à l’élevage de vaches laitières tout en embauchant un grand nombre de fromagers. »

Restait le problème du transport jusqu’en Orient. Il fallait pour cela pouvoir conserver les précieux fromages pendant plusieurs semaines. Là encore, les comptes templiers donnent une nette indication que résume Me Chabon :

« A partir de 1176, il est en effet question de formages ronds à “croûte” conçue spécialement pour être “envoyé outre-mer”. À partir de ce moment, les occurrences de ce type de fromages se multiplient, au point que plusieurs navires sont expédiés chaque année vers la Terre sainte. »

Il reste encore à prouver que ces fromages étaient bien les ancêtres du camembert, peut-être grâce à des fouilles archéologiques. Le débat scientifique en tout cas est lancé et personne ne pourra, à ce sujet, noyer le poisson.

William Blanc