Catégorie : Orient médiéval

Fréquence Médiévale : les voyages de Marco Polo

Marco Polo reste un des personnages célèbres les plus mal connus du Moyen Âge. Héros de nombreux films, bandes dessinées et autres séries télévisées (dont une encore en cours sur…

Marco Polo reste un des personnages célèbres les plus mal connus du Moyen Âge. Héros de nombreux films, bandes dessinées et autres séries télévisées (dont une encore en cours sur Netflix), ce personnage reste hélas assez obscur pour la plupart d’entre nous. Fort heureusement, une très belle biographie (publiée chez Ellipses) vient de lui être consacré par Thomas Tanase, ancien membre de l’École française de Rome (que nous avions déjà reçu, souvenez-vous, au sujet de l’empire mongol). À notre micro, il se propose de vous faire (re)découvrir l’explorateur vénitien, son temps, mais aussi l’influence qu’a eu son livre, qui a influencé par exemple Christophe Colomb. Étonnant destin pour un ouvrage qui fut construit non pas comme un récit de voyage, mais comme un roman de chevalerie faisant de nombreuses allusions à Alexandre le Grand (que nous avions évoqué ici).
Bonne écoute :


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Marco Polo, Le devisement du monde, v. 1407, BNF, ms. fr. 2810, f° 4. Cette enluminure, tirée du manuscrit le plus connu du Devisement du monde, commandé par le duc de Bourgogne Jean sans Peur, montre le départ des Polo de Venise. Néanmoins, beaucoup d’images de ce manuscrit exagèrent le texte de Polo afin de rendre l’Orient encore plus merveilleux afin de plaire à ses lecteurs.

Merci, pour le montage à Exomène, l’explorateur vénitien des mp3.

William Blanc

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Les Croisades au cinéma : festival Bobines et Parchemins

Les Croisades au cinéma 7e édition du festival Bobines et Parchemins Au cinéma les Ecoles 21, 23 rue des Ecoles, 75005 Paris du 13 au 15 juin 2019 ALEXANDRE NEVSKI…

Les Croisades au cinéma

7e édition du festival Bobines et Parchemins

Au cinéma les Ecoles 21, 23 rue des Ecoles, 75005 Paris

du 13 au 15 juin 2019

ALEXANDRE NEVSKI (1938, SERGUEÏ EISENSTEIN), JEUDI 13 MAI 2019, 20H.
Projection suivie d’une discussion avec Mélissa Melodias (doctorante en cinéma rattachée à THALIM) et William Blanc (historien). Dans la Russie au 13e siècle, un prince s’oppose à l’invasion des chevaliers teutoniques. Un classique du cinéma russe.

SALADIN (1963, YOUSSEF CHAHINE), VENDREDI 14 JUIN 2019, 20H
Projection suivie d’une discussion avec Christophe Naudin (historien spécialiste des croisades et enseignant). Saladin, qui vient de remporter une victoire sur les Croisés à Alexandrie, prépare la bataille pour libérer Jérusalem occupée par les chrétiens. Une grande fresque cinématographique tournée pendant le mandat de Gamal Abdel Nasser.

LE SEPTIÈME SCEAU (1957, INGMAR BERGMAN), SAMEDI 15 JUIN 2019, 20H
Projection suivie d’une discussion avec Darwin Smith (historien au CNRS et rattaché au LAMOP) et Patrick Saffar (docteur en étude cinématographique, enseignant et critique). Au 14e siècle, un chevalier est de retour en Suède après 10 ans passés en croisade. Il affronte la mort au cours d’une partie d’échec, le temps de trouver des réponses à ses problèmes métaphysiques. Un des plus grands films qui ait été tourné sur le Moyen Âge d’après Jacques Le Goff.

Entrée des projections : 5 €.

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Fréquence médiévale : Voyage dans l’Empire mongol

Fréquence médiévale part sur les traces de l’Empire mongol et des voyageurs occidentaux qui l’ont côtoyé. Marco Polo, le plus connu d’entre eux, éclipse tellement les autres qu’on oublie qu’il…

Fréquence médiévale part sur les traces de l’Empire mongol et des voyageurs occidentaux qui l’ont côtoyé. Marco Polo, le plus connu d’entre eux, éclipse tellement les autres qu’on oublie qu’il a été précédé par plusieurs grands voyageurs. Parmi eux, Jean de Plancarpin, un franciscain, véritable mélange entre Guillaume de Baskerville et de James Bond, qui est allé au cœur de l’Empire mongol et qui nous a laissé de son voyage une longue chronique publiée aujourd’hui par les éditions Anacharsis. Pour en savoir plus sur ce personnage haut en couleur, nous avons le plaisir de recevoir Thomas Tanase, ancien membre de l’École française de Rome, qui a rédigé une longue et instructive introduction au texte de Jean de Plancarpin.
Bonne écoute.

Et merci pour la technique à Exomène, le grand khan des platines.

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William Blanc

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Les samouraïs : mythe, cinéma et manga

Le mythe des samouraïs est d’autant plus présent dans nos sociétés qu’il a été relayé par une impressionnante production cinématographique qui déborde les frontières du Japon et le genre historique….

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Le mythe des samouraïs est d’autant plus présent dans nos sociétés qu’il a été relayé par une impressionnante production cinématographique qui déborde les frontières du Japon et le genre historique. La bande dessinée – et pas seulement les mangas – n’est pas en reste, pas plus que les jeux vidéo, ou la musique populaire, du rock au rap. Pour explorer cet imaginaire toujours vivace, nous vous proposons trois articles en accès libre. Bonne lecture :

  • Les samouraïs : année zéro. Figure centrale de l’histoire du Japon, le samouraï devient l’objet d’interprétations décapantes dans les arts populaires nippons après la Seconde Guerre mondiale. Dès les années 50, le cinéaste Akira Kurosawa et le mangaka Osamu Tezuka revisitent cette figure pour mieux parler du Japon contemporain dans toutes ses contradictions. Article à lire ici.
  • Harakiri. La mort n’est pas un métier. Retour sur le film mythique Harakiri (1962) de Masaki Kobayashi qui critique, à travers l’histoire d’un samouraï accomplissant le rituel du seppuku (suicide), l’utilisation de la figure du samouraï par le régime militariste durant la Seconde Guerre mondiale. Article à lire ici.
  • Lone Wolf and Cub. Le loup et l’agneau. Avec le gekiga Lone Wolf and Cub, bande dessinée culte des années 70, le dessin réaliste montre la condition de samouraï sous un jour encore plus sombre. Article à lire ici.
  • Vous pouvez également consulter à nouveau notre article consacré à l’histoire des samouraïs en vous rendant sur cet page.

William Blanc

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Fréquence médiévale : Al-Andalus ou l’Andalousie musulmane au Moyen Âge

L’histoire d’Al-Andalus, la région de la péninsule ibérique sous domination des dynasties islamiques, est l’objet aujourd’hui de nombreux fantasmes. Le premier voudrait que l’occupation musulmane se soit accompagnée de violences…

La mosquée-cathédrale de Cordoue (VIIIe-Xe siècles)
La mosquée-cathédrale de Cordoue (VIIIe-Xe siècles)

L’histoire d’Al-Andalus, la région de la péninsule ibérique sous domination des dynasties islamiques, est l’objet aujourd’hui de nombreux fantasmes. Le premier voudrait que l’occupation musulmane se soit accompagnée de violences permanentes et de conversions forcées. Mais il existe aussi une autre légende, qui affirme qu’Al-Andalus ait été une terre de tolérance entre les trois grandes religions (Islam, Judaïsme, Chrétienté latine). Ce mythe, apparu au XVIIIe et surtout au XIXe siècle, est encore largement diffusé aujourd’hui dans les milieux progressistes. Pour en savoir plus et découvrir, derrière les images d’Épinal, les réalités multiples et complexes des sept siècles et demi de présence musulmane dans la Péninsule ibérique, Fréquence médiévale a eu le plaisir de recevoir à son micro l’historienne Emmanuelle Tixier du Mesnil.
Bonne écoute :

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’excellent article d’Emmanuelle Tixier du Mesnil, « La fitna andalouse du XIe siècle », Médiévales, 60, printemps 2011.
Merci à Exomène, le sultan du swing (et des platines).

William Blanc

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Fréquence médiévale : la création de l’ordre des Templiers

L’ordre du Temple fascine encore aujourd’hui. Il suffit de se promener dans une fête médiévale pour voir de nombreuses personnes habillées comme les fameux chevaliers-templiers. Pour en savoir plus, nous…

L’ordre du Temple fascine encore aujourd’hui. Il suffit de se promener dans une fête médiévale pour voir de nombreuses personnes habillées comme les fameux chevaliers-templiers. Pour en savoir plus, nous avons invité au micro de Fréquence médiévale Alain Demurger, historien spécialiste des ordres militaires médiévaux pour une série de trois émissions. La première est consacrée à la fondation de l’ordre, à laquelle à grandement participé Bernard de Clairvaux (nous en parlions déjà dans une précédente émission de Fréquence médiévale) Bonne écoute.

Pour en savoir plus, nous renvoyons à l’excellente somme d’Alain Demurger consacré à l’ordre du Temple, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Seuil, coll. « Points Histoire », 2008, 2e éd. (1re éd. 2005) et Simonetta Cerrini (préf. Alain Demurger), La Révolution des Templiers, Une histoire perdue du XIIe siècle, Perrin, 2007.

Montage de l’émission par Exomène, le templier de Limoges.

Des Templiers chargeant. Illustration de Wayne Reynolds pour le livre de Helen Nicholson "Knight Templar" (Ospery Publishing, 2004).
Des Templiers chargeant. Illustration de Wayne Reynolds pour le livre de Helen Nicholson « Knight Templar » (Ospery Publishing, 2004)

William Blanc

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Alexandre le Grand : une légende médiévale

On associe généralement Alexandre le Grand, mort en 323 avant notre ère, à l’Antiquité. Et pourtant, la littérature médiévale a popularisé la figure du roi macédonien au point d’en faire…

Ms. Fr. 24364, f° 46 v° : Arrivée d'Alexandre (reconnaissable à son cheval cornu, Bucéphale) a Faacen.
Eustache ou Thomas de Kent, Roman de toute chevalerie, BNF, Ms. Fr. 24364, f° 46 v° : Arrivée d’Alexandre (reconnaissable à son cheval cornu, Bucéphale).

On associe généralement Alexandre le Grand, mort en 323 avant notre ère, à l’Antiquité. Et pourtant, la littérature médiévale a popularisé la figure du roi macédonien au point d’en faire un modèle pour les rois et les princes. Nous avons demandé à Maud Pérez-Simon, (Maître de conférences en littérature médiévale à la Sorbonne Nouvelle – Paris 3) de nous faire découvrir l’étrange destin de cet Alexandre que l’on célébrait en vers et en ancien français.

William Blanc : De quand datent les premières versions médiévales occidentales de la légende ?

Maud Pérez-Simon : C’est difficile à dire car l’histoire d’Alexandre n’a cessé de circuler. Les versions françaises dérivent d’un récit écrit en grec entre le Ie et le IIIe siècle à Alexandrie. L’auteur est inconnu. Il a été assimilé à Callisthène, neveu d’Aristote, compagnon et historiographe du héros macédonien. Toutefois, Alexandre ayant rapidement exécuté Callisthène, il est peu convaincant de lui attribuer la biographie de son meurtrier. Faute de mieux, on intitule l’ouvrage Le roman du Pseudo-Callisthène.

Ce récit fait une large part au romanesque et témoigne d’une réappropriation d’Alexandre par les Egyptiens. Le père d’Alexandre ne serait ainsi par Philippe de Macédoine, mais Nectanébo, le dernier pharaon d’Égypte !

Le texte grec a ensuite voyagé jusqu’à être traduit en latin par Julius Valerius au IVe siècle. Particulièrement populaire, il a circulé sous une forme résumée à partir du IXe siècle avant d’être traduit en français par un auteur nommé Albéric de Pisançon au début du XIIe siècle. Cet ouvrage, dont il ne nous reste rien aujourd’hui, à part une traduction allemande, est important à plusieurs titres. Le roman d’Albéric, écrit en octosyllabes, serait le premier de nos romans français. Premier titre de gloire non négligeable. C’est, dans notre littérature, la première oeuvre qui n’ait pas un caractère religieux prédominant et qui se construise par rupture avec le modèle épique : le héros ne devient ni un martyr ni un saint. Le roman d’Albéric a également servi de source à Alexandre de Paris qui a rédigé en 1185 un long Roman d’Alexandre, utilisant pour la première fois le vers dodécasyllabique qui a eu une grande destinée littéraire et auquel notre héros (et son auteur !) ont donné leur nom : l’alexandrin.

Le texte grec a été diffusé par une seconde voie. Un jour qu’il était envoyé à Constantinople en mission diplomatique par les ducs de Campanie, un archiprêtre dont nous aurions oublié le nom s’il n’avait pas pris soin de l’écrire, Léon de Naples, a visité la bibliothèque de la capitale byzantine, trouvé un manuscrit du Pseudo Callisthène et l’a copié pour la duchesse, qui lisait le grec. A la mort de la duchesse, le duc a fait traduire l’ouvrage pour pouvoir le lire à son tour. Nous sommes au milieu du Xe siècle. Cette version a connu un immense succès et s’est diffusée à partir de l’Italie en trois autres versions latines, nommées Historia de Proeliis (Histoire des combats) puis en une française au XIIIe siècle, nommée aujourd’hui Le Roman d’Alexandre en prose. C’est de cette dernière tradition, largement illustrée, que parle mon ouvrage.

Ms. Fr. 24364, f° 46 v° : Alexandre face aux éléphants.
Eustache ou Thomas de Kent, Roman de toute chevalerie, BNF, Ms. Fr. 24364, f° 46 v° : Alexandre face aux éléphants.

WB : Quelles sont les sources antiques des versions médiévales de la légende d’Alexandre le Grand ?

M P-S : Les ouvrages antiques représentent le versant historique de l’histoire d’Alexandre. On connaît une double tradition, grecque (Plutarque, Diodore de Sicile, Arrien….) et latine (Quinte Curce, Orose et de Justin). Ces sources sont toutes lacunaires et le Moyen Âge les utilise de façon combinatoire, d’autant plus que les versions grecques ne peuvent presque plus être lues dans leur langue originale, les locuteurs du grec se faisant rares au Moyen Âge. Mais c’est la version romanesque, issue du Pseudo-Callisthène, qui a connu le plus grand succès.

Le Roman d’Alexandre en prose, sur lequel je travaille, est né d’une Historia de Preliis combinée avec le texte d’Orose, un auteur chrétien du début du Ve siècle. Très populaire au Moyen Âge, il est à l’origine d’une tradition de dénigrement d’Alexandre et de ses conquêtes. Dans ses Historiae adversum paganos (livre III, ch. 12 à 23), Orose insiste tout particulièrement sur les exactions commises par le Macédonien. Il considère Alexandre comme un des fléaux les plus importants qui se soient abattus sur l’humanité. L’auteur de la version latine s’est donc trouvé la position difficile de faire un ouvrage valorisant Alexandre en utilisant une source à but polémique, qu’il essayait d’occulter. Les contradictions qui en résultent sont parfois délicieuses.

WB : Quelles sont les différences majeures entre les versions antiques et médiévales ?

M P-S : Les versions médiévales sont romancées comme je vous l’ai dit. C’est sous la forme d’un dragon que le pharaon Nectanébo conçoit Alexandre en abusant de la crédulité de sa mère. On raconte qu’Alexandre a visité le ciel une cage tirée par des griffons appâtés par une lance sur laquelle Alexandre avait fixé de la viande. Il aurait aussi visité la mer dans un tonneau de verre de son invention en emportant avec lui un chat, un chien et un coq. Surtout, l’Alexandre historique s’est arrêté au bord du Gange tandis que l’Alexandre romanesque conquiert l’Inde. Cette modification dans la trame narrative permet à l’auteur de susciter des rencontres, voire des combats, entre Alexandre et des peuples monstrueux (hommes sans tête, cyclopes, …) ou des animaux hybrides et farouches, pour le plus grand plaisir du lecteur.

L’autre différence majeure est que, selon le principe d’adaptation propre aux romans médiévaux, Alexandre est désormais un chevalier, que l’on adoube et qui entretient avec la reine des Amazones des relations courtoises.

WB : Alexandre a servi de modèle à des rois et à des princes médiévaux. Lesquels et dans quel but ?

M P-S : On sait qu’Alexandre a inspiré de nombreux gouvernants, parmi lesquels, le premier, Ptolémée, son compagnon d’armes qui a ensuite fondé une lignée de pharaons en Égypte et qui a construit son pouvoir autour du culte d’Alexandre, assimilé au dieu du soleil. Pompée a revêtu la chlamyde (manteau de commandement) d’Alexandre et le considérait comme l’égal d’Héraclès et de Dyonisos. L’admiration et l’envie suscitées par Alexandre chez Jules César sont bien connues par cette phrase que César aurait adressée à ses compagnons : « Ne vous semble-t-il pas qu’il est juste de s’affliger parce qu’à mon âge Alexandre avait déjà un très vaste empire alors que je n’ai encore rien fait de grand ? ». Je ne citerai pas après eux Marc-Antoine, Auguste, Caligula, qui ont tous cherché en Alexandre le grand homme sur le modèle duquel ils pourraient augmenter leurs conquêtes et légitimer leur pouvoir.

Louis XIV a été comparé à Alexandre par Jean Puget de la Serre et par Racine avant de s’approprier l’image du conquérant comme le prouve le fleurissement de cette thématique dans les arts du XVIIe siècle. Napoléon, grand par ses conquêtes, petit par la taille, ne pouvait que se reconnaître dans la figure du Macédonien, sur les pas de qui il a marché en Égypte.

Mais pour revenir au Moyen Âge qui nous occupe, Alexandre était proposé en modèle (stratégie politique, discernement, succès) et en contre-modèle (orgueilleux, colérique) aux rois de France, d’Angleterre, aux ducs de Bourgogne, sans cesse du XIIIe au XVe siècle. Il a fait l’objet d’une large littérature moralisante appelée « Miroirs de prince » car le gouvernant doit se regarder dans ces livres comme dans un miroir pour évaluer ses défauts et ses faiblesses.

Si Alexandre a suscité une telle littérature, c’est d’abord en raison de sa personnalité charismatique. Ensuite la tragédie suscitée par la mort, si jeune, d’un homme qui avait conquis si vite la quasi-totalité du monde connu a permis de nombreuses réflexions sur la roue de Fortune, sur la chute des puissants. Plutarque y avait déjà longuement réfléchi. Signalons aussi qu’Alexandre avait pour maître Aristote. Dès l’Antiquité et tout au long du Moyen Âge circulent des ouvrages comme le Secret des secrets, censément écrit par Aristote pour son disciple et qui foisonne de conseils de politique, d’économie gouvernementale ou domestique, d’hygiène, etc. Les lecteurs en sont friands. Au Moyen Âge, le personnage d’Alexandre acquiert une autre dimension : comme il a vaincu les Perses, il est un modèle dans le lutte contre les infidèles et il est cité comme exemple au roi Philippe VI de Valois pour l’inciter à partir en croisade.

Le Roman d’Alexandre contient donc quelques épisodes moralisants que les lecteurs peuvent s’approprier. On dit qu’en visitant la mer dans un bathyscaphe de verre de son invention, il aurait découvert un autre peuple et acquis un savoir politique important : les gros poissons mangent les petits – mais selon les versions, le texte change et on lit que ce sont les petits poissons qui, par ruse, mangent les grands. Quelle qu’elle soit, cette morale se révèle toujours utile pour le héros.

Ms. Latin 8501, f° 51 v°. Combat d'Alexandre et des monstres.
Historia de Preliis, BNF, Ms. Latin 8501, f° 51 v° : Combat d’Alexandre et des monstres.

WB : Comment expliquer l’engouement médiéval pour le personnage d’Alexandre le Grand ?

M P-S : Alexandre est un personnage très paradoxal : petit par la taille et grand par l’ambition, il est un grand politicien mais cède à ses colères et à l’alcool au point de tuer un ami par mégarde, grand conquérant des peuples barbares, il a parfois aussi choisi d’adopter leurs coutumes (vestimentaires ou rituelles) au lieu de leur imposer les coutumes macédoniennes, au grand dam de ses compagnons. Son ambition peut être prise pour de la démesure. Ce sont ces contradictions qui le rendent si humain et si proche de nous paradoxalement. Ce sont elles aussi, de façon plus pragmatique, qui permettent de faire d’Alexandre le support de nombreux discours politiques ou moralisants. Alexandre peut être présenté comme l’archétype du conquérant aveuglant ou comme l’idéal du gouvernant sage. Il a été récupéré par les Français comme par les Anglais au cours de la guerre de Cent Ans. Il est considéré comme polythéiste ou monothéiste selon les besoins de l’argumentation, soutien ou persécuteur des Juifs, homosexuel ou amant courtois de la reine des Amazones. Pierre Briant a bien montré dans son dernier ouvrage Alexandre des Lumières (2012) ce que l’engouement pour le personnage d’Alexandre devait à ses différentes facettes. Je montre aussi dans mon ouvrage comment certains Roman d’Alexandre pouvaient être lus comme des ouvrages politiques incitant à la révolte contre le roi de France ou comme des encyclopédies sur les peuples de l’Orient et les territoires inconnus. Sa veine romanesque, bien qu’elle ait contribué au succès de la légende dès le début, n’est pas forcément ce qui prime dans l’intérêt que l’on porte à la vie d’Alexandre.

Maud Pérez-Simon a publié un ouvrage Mise en roman et mise en image : les manuscrits du « Roman d’Alexandre » en prose (Honoré Champion, 2015).


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Les assassins. L’histoire derrière le mythe

Les assassins, groupe religieux chiite (autrement appelé nizârites) auquel se sont confrontés (et parfois alliés) les croisés ou les templiers, fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre. Les légendes associées au « vieux…

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L’imagerie des assassins dans le jeu Assassin’s Creed.

Les assassins, groupe religieux chiite (autrement appelé nizârites) auquel se sont confrontés (et parfois alliés) les croisés ou les templiers, fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre. Les légendes associées au « vieux de la montagne » à la forteresse d’Alamut (en Iran actuel) et à des sectateurs fanatisés par la consommation de haschich se retrouve par exemple dans la franchise Assassin’s Creed. Cette image doit beaucoup, entre autres, au roman de Vladimir Bartol, Alamut, publié en 1938, dans lequel l’auteur critiquait la montée du fascisme en Italie (où vivait Bartol) en Europe en usant de l’imagerie fantasmée des assassins.
Mais qui étaient en réalité les nizârites ? Pour en savoir plus, l’école de Chartes à mis en ligne une très intéressant conférence de Laura Minervini, professeur à l’Université de Naples Federico II, le 9 novembre 2016 : « L’invention des Assassins. Genèse d’une légende médiévale « 

William Blanc

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Fréquence médiévale : Venise au Moyen âge

Venise, au Moyen Âge, c’est la ville de Marco Polo, mais c’est aussi un empire maritime, une thalassocratie puissante qui règne sur une partie importante de la Méditerranée orientale. Pour…

Venise, au Moyen Âge, c’est la ville de Marco Polo, mais c’est aussi un empire maritime, une thalassocratie puissante qui règne sur une partie importante de la Méditerranée orientale. Pour découvrir cette histoire, nous avons invité au micro de Fréquence médiévale, Catherine Kikuchi, historienne et membre du groupe Questes qui a participé à l’excellent livre Le Bathyscaphe d’Alexandre (Vendémiaire, 2018), mais aussi contributrice régulière à l’excellent site Actuel Moyen âge.
Bonne écoute.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à lire le livre d’Elisabeth Crouzet-Pavan, Le Moyen Age de Venise : des eaux salées au miracle de pierres.

L’empire maritime vénitien au Moyen âge. Source : Légende Cartographie

Merci à Exomène, le gondolier des MP3.

William Blanc

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Histoire des samouraïs

Voilà un article, rédigé à l’occasion de la très riche exposition du château des ducs de Bretagne consacrée aux samouraïs, qui vous permettra de découvrir, loin des clichés, cette classe…

Voilà un article, rédigé à l’occasion de la très riche exposition du château des ducs de Bretagne consacrée aux samouraïs, qui vous permettra de découvrir, loin des clichés, cette classe de guerriers dont les mutations ont accompagné tous les soubresauts de l’histoire de l’archipel nippone du XIe au XIXe siècle.

Vous pouvez le lire intégralement en suivant ce lien.

Bonne lecture.


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