Mois : février 2019

Fréquence médiévale : le théâtre au Moyen âge

Nous connaissons beaucoup le théâtre classique des Molière, Racine et autre Corneille. Mais le théâtre en Europe du Nord est riche d’une histoire dont on aperçoit le première trace dès…

IMAGE 1 – "Lucifer convoque ses diables", Eustache Marcadet, Mystère de la Passion, vers 1480. Cette illustration permet aux concepteurs des mystères de mettre en scène le jeu des acteurs qui joueront les diables.
IMAGE 1 – « Lucifer convoque ses diables », Eustache Marcadet, Mystère de la Passion, vers 1480. Cette illustration permet aux concepteurs des mystères de mettre en scène le jeu des acteurs qui joueront les diables.

Nous connaissons beaucoup le théâtre classique des Molière, Racine et autre Corneille. Mais le théâtre en Europe du Nord est riche d’une histoire dont on aperçoit le première trace dès le Moyen âge classique. Au XVe siècle et sans doute avant, on trouve ainsi des professionnels – comme la confrérie de la Passion à Paris – organisant des spectacles gigantesques et foisonnants, les mystères, dont la taille et la durée – certains mystères durent quatre jours ! – n’ont rien à envier, avec leurs effets spéciaux (IMAGE 2), aux grandes productions modernes de Broadway. Pour découvrir ce patrimoine littéraire aujourd’hui oublié, Fréquence Médiévale a le plaisir de recevoir Darwin Smith, directeur de recherche au CNRS-LAMOP, coauteur avec Gabriella Parussa et Olivier Halévy de l’anthologie Le théâtre français du Moyen Âge et de la Renaissance (L’Avant-scène, 2014). Bonne écoute :

Et maintenant, quelques images :

MAGE 2 – « Mécanisme d’une sorcière mobile qui crache du feu par la bouche et les oreilles », Gionvanni de Fontana, Livre des machines, v. 1420. Ce type de machinerie complexe était employé comme « effets spéciaux » dans le théâtre médiéval. Georges Lucas peut aller se rhabiller !
IMAGE 3 – Les didascalies dans le Mystère de la Passion joué à Mons en 1501 avec les instructions pour les acteurs à gauche (et leurs lignes à droite).

Pour en savoir plus

Rendez-vous sur cette page qui propose une bibliographie complète consacrée au théâtre médiéval français.

Merci, pour le montage, à Exomène, dont les compétences techniques ne sont pas de la farce !

William Blanc

le-theatre-francais-du-moyen-age-et-de-la-renaissance_avant-scene-theatre

Finissons par une annonce. Darwin Smith fait en effet partie du projet La Passion de Valenciennes 1547 3D, un film expérimental qui propose un extrait de la plus célèbre des grandes Passions de la fin du Moyen Age en France. L’extrait – l’épisode de la Samaritaine, suivi d’une diablerie et d’un miracle – a été filmé en studio sur fond vert puis incrusté dans un décor numérique en 3D reconstitué à partir des peintures des manuscrits disponibles sur le site de la Bibliothèque nationale de France-Gallica.

Le film a été réalisé à l’occasion de l’exposition « Pathelin, Cléopâtre, Arlequin », au Musée national de la Renaissance d’Écouen. Le projet a été porté par l’Université de Toulon (laboratoire Babel et Télomédia) et a bénéficié du soutien des laboratoires Clesthia (Université de Paris 3-Sorbonne-nouvelle) et LaMOP (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CNRS). Il a en outre bénéficié du soutien du Musée national de la Renaissance et de l’Association des amis du Musée national de la Renaissance ainsi que de la TGIR Huma-Num.

Valenciennes 1547 3D est une nouvelle étape d’un travail initié 1998 par Darwin Smith avec la création au LaMOP du Groupe d’étude sur le théâtre médiéval et qui avait abouti en 2014 à la publication du Théâtre français du Moyen Age et de la Renaissance : histoire, textes, mises en scène (D. Smith, G. Parussa, O. Halévy dir., Editions L’avant-scène théâtre 2014).

Pour en savoir plus, rendez-vous jeudi 28 février 2019 :

Passion de Valenciennes 1547 3D
projection-débat jeudi 28 février 18h45

Institut d’études théâtrales
Université Paris 3 Sorbonne-nouvelle, Centre Censier
13 rue de Santeuil Paris 75005
salle D3

Modérateur Pierre Letessier (directeur de l’Institut d’études théâtrales)
Xavier Leroux (réalisation, mise en scène) – Darwin Smith (co-concepteur) Charles Di Meglio (comédien, assistant de mise en scène et costumiste) Mathieu Beaud (site d’accompagnement du film)
Discutants William Blanc (historien, animateur du podcast Fréquence médiévale), Gabriella Parussa (linguiste).


2 commentaires sur Fréquence médiévale : le théâtre au Moyen âge

Prince Valiant : l’étalon de la BD médiévale

Bande dessinée aujourd’hui en grande partie oubliée, Prince Valiant joue un rôle important dans la constitution de notre imaginaire médiéval. Créée en 1937 par Harold Foster, traduite presque immédiatement en…

Bande dessinée aujourd’hui en grande partie oubliée, Prince Valiant joue un rôle important dans la constitution de notre imaginaire médiéval. Créée en 1937 par Harold Foster, traduite presque immédiatement en français, adaptée dès 1954 au cinéma, imitée plusieurs fois en France (par exemple dans les pages de Vaillant avec Yves le Loup), parodiée (par le magazine Mad, par Gotlib), on ne compte plus les œuvres médiévalistes qui n’auraient pas pu exister sans Prince Valiant.

Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger sur cette page cet article. Bonne lecture.

Prince Valiant, une bande dessinée médiévaliste d'Harold Foster

William Blanc

Aucun commentaire sur Prince Valiant : l’étalon de la BD médiévale

Aux sources de la fantasy : William Morris. Entretien avec David Meulemans

Il a inspiré Tolkien, et après lui, une grande partie de la fantasy, genre qu’il a contribué à fonder. Il a été membre des préraphaélites, mouvement qui a mis en…

Il a inspiré Tolkien, et après lui, une grande partie de la fantasy, genre qu’il a contribué à fonder. Il a été membre des préraphaélites, mouvement qui a mis en peinture le Moyen âge idéalisé du XIXe siècle. Il est connu et reconnu en Angleterre et pourtant longtemps ignoré en France. William Morris (1834-1896) est aujourd’hui peu à peu découvert par le public francophone, notamment grâce aux traductions de ses œuvres par Les Forges de Vulcain. Cette maison d’édition indépendante a notamment publié, pour la première fois en français, un fac-similé de La Source au bout du monde avec une préface d’une des grandes spécialistes françaises de la fantasy, Anne Besson. Entretien avec son fondateur et directeur, David Meulemans.

William Blanc : Quel rôle a joué William Morris dans l’apparition de la fantasy ?

David Meulemans : À l’époque de William Morris, la fantasy n’existe pas. À proprement parler, ce genre littéraire ne prend sa forme précise qu’avec J. R. R. Tolkien et la publication du Hobbit en 1937. Mais, entre 1850 et 1910, de nombreux romanciers et romancières produisent des textes que l’on peut rétrospectivement inclure dans ce genre. William Morris n’est pas seul, mais son influence est importante, notamment sur Tolkien. La fantasy apparaît à un moment paradoxal, comme à contre-courant de l’évolution de la littérature. En effet, c’est au XIXe siècle qu’apparaît pleinement la littérature populaire, avec le développement de la lecture et de l’édition. Or, si les lecteurs et lectrices sont de plus en plus nombreux à cette époque, ils sont moins lettrés que les lecteurs et lectrices du siècle précédent – et nombre d’écrivains comprennent que la littérature « allégorique », ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui la littérature de l’imaginaire, requiert une culture littéraire classique, que tout le monde ne possède pas encore vers 1850. Ainsi, de grands auteurs du début du XIXe siècle, comme Nathaniel Hawthorne ou Mary Shelley, sont perçus comme appartenant à un autre temps de la littérature, une époque précédant la démocratisation de la lecture. L’œuvre littéraire de Morris se constitue à une époque où tous les grands écrivains se ruent vers la littérature naturaliste : une littérature qui parle du monde réel, du monde que les lecteurs connaissent. C’est d’autant plus paradoxal que Morris est un auteur qui professe des idées très à gauche. En fait, la fantasy manifeste la tension qui anime les arts anglais en 1870, et notamment le courant dominant de l’époque, le courant Arts & Crafts, qui demande que chaque objet soit à la fois beau et utile. L’esthétique victorienne est à la recherche d’une synthèse entre deux impératifs opposés : le luxe et l’utilité. La fantasy naît alors, et encore aujourd’hui, elle porte l’empreinte de cette synthèse impossible : c’est une littérature du style, à l’imaginaire fastueux, et ce luxe de détails, de personnages, d’univers, est parfois dénué de visée politique ou éducative – contrairement à la SF qui a souvent produit des textes à message ou avec un contenu politique fort. Pour revenir à Morris, c’est un grand lecteur de Walter Scott. Parallèlement, sa proximité avec les peintres pre-raphaéliques lui fait chercher dans le Moyen Âge un contre-modèle, un idéal qui s’oppose au monde qu’il a sous les yeux : le monde industriel, capitalistique, de la standardisation des arts et de l’exploitation humaine. Cette passion pour le Moyen Âge, va se manifester aussi par un travail de recherche sur les sagas islandaises et les légendes nordiques en général. En un sens, Morris prend le roman historique, et lui ajoute la magie : cette déviation lui permet de présenter ces mondes imaginaires comme autant de miroirs utopiques aux lecteurs de son époque.

william_morris_forges_vulcain

WB : Comment Tolkien s’est-il inspiré de William Morris ?

DM : Tolkien a étudié au même collège que Morris : Exeter et a une très bonne connaissance de son œuvre plastique – et une moindre connaissance de son œuvre littéraire. L’idée d’un Moyen Âge imaginaire est à coup sûr une invention de Morris qui a intéressé Tolkien. Par contre, il est à noter que quand, dans les années 1910 à 1950, on parle de Morris en Angleterre, on pense à lui pour deux raisons : son apport aux arts et ses positions politiques. En effet, Morris a été un des fondateurs d’un des premiers partis communistes britanniques, en 1884. Et, pour les jeunes gens qui sont étudiants dans les années 1900 à 1930, Morris propose une forme de socialisme séduisant : esthète, poétique, généreux, mais pas marxiste. Ainsi, le futur Premier ministre Attlee, qui passe par Oxford vers 1900, désigne Morris comme la source de ses idées travaillistes. Or, Tolkien n’apprécie pas du tout cet aspect de Morris : Tolkien était peu politisé, mais demeurait conservateur. Et il n’apprécie pas l’influence de Morris. Cela étant, un des mots les plus importants de Tolkien est un mot qui lui vient de Morris : « Fellowship », un terme qui recouvre des sens variés – amitié, camaraderie, bienveillance mutuelle. En effet, la devise de Morris était « Fellowship is life ». Pour Morris, c’est une phrase politique : l’amitié, c’est la première vertu politique. Mais pour Tolkien, la dimension politique est repoussée au profit d’une dimension morale, déjà présente chez Morris : le salut vient de l’entraide entre les héros. En un sens, Morris et Tolkien sont tous les deux prudents quant aux bénéfices des États. Pour ces deux auteurs, le salut collectif passe par la vertu individuelle et les cercles amicaux. D’ailleurs, cette croyance politique ne fait que renforcer leur choix de situer leurs œuvres dans des Moyens Âges uchroniques, imaginaires.

WB : Pourquoi traduire et éditer les œuvres de William Morris aujourd’hui ?

DM : Tout simplement car elles ont été très peu traduites. Plus exactement, les essais de Morris, qu’ils portent sur les arts ou la politique, ont été abondamment traduits en français. Au sein de sa fiction, un texte a été régulièrement publié en français : Les nouvelles de nulle part, une uchronie utopiste très « communiste libertaire ». Mais le reste de son œuvre de fiction est inédit. Combler cette lacune est importante – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les éditions Aux forges de Vulcain sont aidées dans ce projet par le Centre national du livre. Mais il faut aussi reconnaître que les romans de Morris, lors de leur publication initiale, n’ont pas été de grands succès. Le choix de mondes imaginaires, leur écriture ornementale, a contribué à les rendre inactuels pour leurs contemporains. Les publier aujourd’hui en français permet de leur donner une actualité qu’ils n’ont peut-être jamais eue. Ils sont comme un modèle de synthèse entre art et politique. À l’époque de leur première publication, l’heure était à la littérature naturaliste par refus de la littérature allégorique, perçue comme bourgeoise – à notre époque, c’est la littérature naturaliste qui est devenue une littérature bourgeoise, une littérature assise, une littérature vaincue par le réel. À l’inverse, la littérature de l’imaginaire s’impose comme une littérature à la fois de divertissement, et une littérature du possible, qui ne détourne du réel que pour y ramener avec plus de force. Publier Morris aujourd’hui, c’est l’occasion de faire réfléchir sur la politique, sur l’héroïsme, sur la destruction de la nature, sur l’industrialisation, sur l’humanisme. C’est aussi donner un modèle d’ambition aux écrivains de notre temps.

WB : Pourquoi avoir traduit La Source au bout du monde sous la forme d’un fac-similé de l’édition originale ?

DM : Morris aspirait à être, à la fois, un esthète et un homme près du peuple. Si bien que, de son vivant, la majeure partie de ses romans a eu deux éditions concurrentes. D’un côté, une édition classique, destinée au public. Une édition sans fioriture, qui ressemblait à tous les livres de son époque. D’un autre côté, une édition qu’on qualifierait aujourd’hui de luxueuse, qu’il imprimait lui-même sur ses propres presses, au sein de la maison qu’il avait créée à cet effet : les Kelmscott Press. Cette édition avait un tirage limité – on peut en trouver des échantillons dans la grande salle de la British Library, à Londres. Morris n’était pas qu’un écrivain ou un activiste, c’était, peut-être avant toute autre chose, un architecte, un designer, un typographe et un imprimeur. C’était un artisan. Si bien qu’il est difficile de publier les textes de Morris, aujourd’hui, sans s’inspirer de son travail éditorial. D’ailleurs, notre édition est inspirée par cette édition originale, mais n’en est pas une copie. Par exemple, la police de caractères qu’employait Morris était un « revival » d’une police médiévale, qui est difficile à lire pour le lecteur contemporain : nous ne l’avons pas conservée, mais, ici ou là, nous avons repris des éléments de cette édition, afin de faire signe vers l’univers de Morris, qui, autant que littéraire, est un univers artistique.

La Source au bout du monde de William Morris, publié aux éditions des Forges de Vulcain (trad. Maxime Shelledy et Souad Degachi) est disponible pour la somme de 28 euros sur ce site et dans toutes les bonnes librairies.

L’édition 1896 de La Source au bout du monde.
william_morris_forges_vulcain_2
Le fac-similé, en français, publié par les Forges de Vulcain.

William Blanc

2 commentaires sur Aux sources de la fantasy : William Morris. Entretien avec David Meulemans

Fréquence médiévale : Al-Andalus ou l’Andalousie musulmane au Moyen Âge

L’histoire d’Al-Andalus, la région de la péninsule ibérique sous domination des dynasties islamiques, est l’objet aujourd’hui de nombreux fantasmes. Le premier voudrait que l’occupation musulmane se soit accompagnée de violences…

La mosquée-cathédrale de Cordoue (VIIIe-Xe siècles)
La mosquée-cathédrale de Cordoue (VIIIe-Xe siècles)

L’histoire d’Al-Andalus, la région de la péninsule ibérique sous domination des dynasties islamiques, est l’objet aujourd’hui de nombreux fantasmes. Le premier voudrait que l’occupation musulmane se soit accompagnée de violences permanentes et de conversions forcées. Mais il existe aussi une autre légende, qui affirme qu’Al-Andalus ait été une terre de tolérance entre les trois grandes religions (Islam, Judaïsme, Chrétienté latine). Ce mythe, apparu au XVIIIe et surtout au XIXe siècle, est encore largement diffusé aujourd’hui dans les milieux progressistes. Pour en savoir plus et découvrir, derrière les images d’Épinal, les réalités multiples et complexes des sept siècles et demi de présence musulmane dans la Péninsule ibérique, Fréquence médiévale a eu le plaisir de recevoir à son micro l’historienne Emmanuelle Tixier du Mesnil.
Bonne écoute :

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’excellent article d’Emmanuelle Tixier du Mesnil, « La fitna andalouse du XIe siècle », Médiévales, 60, printemps 2011.
Merci à Exomène, le sultan du swing (et des platines).

William Blanc

Aucun commentaire sur Fréquence médiévale : Al-Andalus ou l’Andalousie musulmane au Moyen Âge

Fréquence médiévale : reconstituer les drakkars

Lors de la dernière fête des remparts de Dinan, nous avons pu discuter nous avons eu la chance d’interviewer les reconstituteurs. Ceux qui pratiquent les tournois médiévaux, mais aussi ceux…

Lors de la dernière fête des remparts de Dinan, nous avons pu discuter nous avons eu la chance d’interviewer les reconstituteurs. Ceux qui pratiquent les tournois médiévaux, mais aussi ceux de l’association Leita at Bardagi qui ont remonté la Rance dans un drakkar (pardon, un knörr) reconstitué. Nous avons échangé avec Guillaume, qui nous a présenté leur travail et fait découvrir leur navire, de la proue à la poupe, du mât aux cordages.
Bonne écoute :

Le drakkar de l'association Leita at Bardagi remontant la Rance. Photo de Julien Danielo
L’association Leita at Bardagi remontant la Rance. Photo de Julien Danielo

Merci à Exomène, le pilote du drakkar « Fréquence médiévale »

William Blanc

Aucun commentaire sur Fréquence médiévale : reconstituer les drakkars

Fréquence médiévale : les universitaires dans l’Occident médiéval

Fréquence médiévale explore une institution originale de l’Occident médiéval, l’université, et notamment celle de Paris qui voit le jour au tournant des XIIe et XIIIe siècles. Celle-ci a justement fait…

Gilles de Rome, Le Gouvernement des Princes, réalisé à Paris en 1372 pour le roi Charles V (Besançon, BM, ms. 434, folio 151 verso).
Gilles de Rome, Le Gouvernement des Princes, réalisé à Paris en 1372 pour le roi Charles V (Besançon, BM, ms. 434, folio 151 verso).

Fréquence médiévale explore une institution originale de l’Occident médiéval, l’université, et notamment celle de Paris qui voit le jour au tournant des XIIe et XIIIe siècles. Celle-ci a justement fait l’objet d’un livre récent et passionnant, L’honneur des universitaires au Moyen Âge : étude d’imaginaire social (PUF, 2015), écrit par Antoine Destemberg, maître de conférences à l’université d’Artois qui nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions.

Bonne écoute :

Les deux enluminures qui illustrent la page sont analysées dans le livre d’Antoine Destemberg. Elles montrent la proximité des universitaires parisiens avec les rois de France, en leur servant parfois de conseillers, voire même de maîtres. Ce sera notamment le cas sous règne de Charles V, sous lequel ont été réalisées ces deux images.

Nicole Oresme, Le livre de Ethiques d'Aristote, Paris, vers 1372-1373 (Bruxelles, Bibl. royale Albert 1er, ms. 9505-9506, folio 2 verso)
Nicole Oresme, Le livre de Ethiques d’Aristote, Paris, vers 1372-1373 (Bruxelles, Bibl. royale Albert 1er, ms. 9505-9506, folio 2 verso)

Merci à Exomène pour la technique et le montage.

William Blanc

Aucun commentaire sur Fréquence médiévale : les universitaires dans l’Occident médiéval

L’empire des Plantagenêts – interview avec Fanny Madeline

Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre. Ces noms vous disent forcément quelque chose, vous les avez vus dans nombre de films, mais les connaissez-vous vraiment ? Rois d’Angleterre, ils…

Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre. Ces noms vous disent forcément quelque chose, vous les avez vus dans nombre de films, mais les connaissez-vous vraiment ? Rois d’Angleterre, ils étaient aussi et surtout maîtres d’un vaste ensemble allant des Highlands d’Écosse aux Pyrénées, de l’Irlande jusqu’à la vallée du Rhône. Un territoire si vaste qu’on a pu parler, à l’époque contemporaine, d’empire des Plantagenêts. L’historienne Fanny Madeline y a consacré sa thèse, aujourd’hui publiée aux Presses Universitaires de Rennes, et a accepté de répondre à quelques questions de Fréquence médiévale.

William Blanc : Comment décrire l’empire des Plantagenêts dans l’espace et le temps ? Peut-on le comparer à d’autres empires européens, comme celui de Knut le Grand au XIe siècle ?
Fanny Madeline : C’est un empire qui est le résultat à la fois de constructions matrimoniales sur plusieurs générations et de conquêtes territoriales, ce qui en fait un espace très composite. D’un côté, il y a l’héritage anglo-­normand, formé depuis 1066, dont Henri II hérite par sa mère Mathilde, fille d’Henri Ier d’Angleterre, mais qu’il doit reconquérir ; du côté de son père Geoffrey Plantagenêt, il hérite du comté d’Anjou en 1151. Et puis il y a le duché d’Aquitaine qu’Henri II agrège par son mariage avec Aliénor en 1152, le duché de Bretagne qu’il annexe après l’abdication du duc Conan en 1166, l’Irlande qu’il conquiert en partie en 1171 et le Pays de Galles et l’Ecosse qu’il fait entrer sous sa domination féodale. C’est donc un empire aux frontières très mobiles, globalement dominé par une élite anglo­-normande qui gouverne avec le roi. Appeler cette configuration historique « empire », ce qui a longtemps fait l’objet de débat chez les historiens, relève précisément d’une démarche comparatiste à la fois dans le temps et dans l’espace. Malgré ses particularités et le fait que les Plantagenêts n’ont jamais porté le titre d’« empereurs », on peut décrire le fonctionnement de l’espace qu’ils dominaient comme un empire, à l’instar de celui de Knut en effet, ou encore celui de Charles Quint. Au Moyen Âge, les empires se caractérisent cependant par leur faible structuration étatique, contrairement aux empires des époques modernes et contemporaines, ce qui accentue leur caractère informel et la difficulté de les saisir institutionnellement.

WB : L’empire des Plantagenêts (Angevin empire en anglais), comme son nom l’indique, semble être l’œuvre d’une famille. D’où vient-elle ?
FM : « Empire Plantagenêt » est plutôt une expression française qui permet de ne pas les confondre avec les Angevins qui fondèrent un empire en Sicile et en Italie du Sud aux XIIIe et XIVe siècles. L’expression anglaise, issue d’une historiographie nationaliste, insiste sur son origine angevine et donc « étrangère » pour le distinguer de l’empire anglo-­normand de la période précédente. Parler d’empire Plantagenêt permet au contraire d’insister sur le rôle joué par Henri II et ses fils dans la construction de cet empire, et donc de ses forces créatrices, plutôt que de le regarder comme une simple organisation multi-­territoriale et plurinationale, qui souligne davantage son hétérogénéité et sa facticité. Si Henri II était en effet angevin par son père, il était normand par sa mère et les enfants issus de son mariage avec Aliénor d’Aquitaine appartenaient à une élite internationale et cosmopolite quine s’identifiait pas particulièrement à un espace d’origine.

WB : Comment ces souverains ont-ils fait pour contrôler un ensemble aussi disparate ?
FM : Ils n’ont pas arrêté de circuler dans tout l’espace de leur empire. L’itinérance était un véritable mode de gouvernement, c’est à dire qu’ils ont affirmé leur pouvoir en se donnant les moyens d’être visibles et présents un peu partout. Pour palier à leur absence, lorsqu’ils étaient ailleurs, ils ont développé des institutions qui leur permettaient de gouverner administrativement c’est à dire par l’intermédiaire de représentants. C’est surtout vrai en Angleterre. Ils ont également cherché à prendre le contrôle des châteaux féodaux, pour ancrer plus fermement leur pouvoir dans l’espace et s’assurer de la loyauté de leurs vassaux. Les châteaux leur permettaient également d’être visible dans le paysage, d’y avoir une présence matérielle. Mais leur incapacité à faire participer les élites continentales au gouvernement de l’empire explique largement son échec : la Normandie est perdu en 1204, l’Anjou en 1206 puis le Poitou en 121

WB : Ces souverains n’étaient-ils pas vus comme des étrangers dans la plupart des pays qu’ils contrôlaient et dont ils parlaient à peine la langue  ? Cela n’a-t-il pas fini par entraîner des révoltes ?
FM : Ce n’est pas vraiment le fait d’être « étranger » qui était problématique, car les élites étaient elles­-mêmes très cosmopolites. Au XIIe siècle, les alliances matrimoniales sont en effet de plus en plus exogames, les mariages se font à une échelle plus internationale, ce qui élargit les réseaux et brouille l’identification des origines « nationales » de ces élites. Celles­-ci parlaient d’ailleurs globalement le français, avec ses variantes comme l’occitan, qui était la langue maternelle de Richard Cœur de Lion par exemple. Les élites étaient généralement polyglottes et les plus éduquées d’entre elles savaient écrire le latin. C’est plutôt d’avoir renforcé le pouvoir royal, par la construction d’un droit public, qui affaiblit le pouvoir de ces aristocraties et les mènent à la révolte. L’une des raisons pour lesquels les seigneurs aquitains décident de se tourner vers les Capétiens à la fin du XIIe siècle, contre les Plantagenêts, c’est qu’ils considéraient le roi de France comme un seigneur lointain qui n’exercerait qu’une faible domination contrairement aux Plantagenêts qui ne cessaient de vouloir les soumettre à des relations féodo-vassaliques plus pesantes, venant détruire leur châteaux lorsqu’ils ne s’y résignaient pas.

Pour acheter Les Plantagenêts et leur empire de Fanny Madeline, suivez ce lien ou rendez-vous chez votre libraire.

Cette carte en anglais présente l'intérêt de montrer les différents status féodaux des terres contrôlées par les Plantagenêts, notamment sous le règne d'Henri II (1133-1189). En jaune, les terres qu'il contrôle en tant que roi, en bleu clair, celles qu'il possède comme vassal des rois capétiens et pour lesquels il doit leur prêter un serment.
Cette carte en anglais présente l’intérêt de montrer les différents statuts féodaux des terres contrôlées par les Plantagenêts, notamment sous le règne d’Henri II (1133-1189). En jaune, les terres qu’il contrôle en tant que roi, en bleu clair, celles qu’il possède comme vassal des rois capétiens et pour lesquelles il doit leur prêter serment.
2 commentaires sur L’empire des Plantagenêts – interview avec Fanny Madeline

1431, une chasse au cerf en plein Paris

Le 2 décembre 1431, le jeune souverain Henri VI effectue son entrée royale à Paris. Alors, une chasse au cerf s’organise dans les rues de la Capitale royale. Une première…

BNF_5054_cerf_Martial_Auvergne
Martial d’Auvergne, Vigile de Charles VII, Paris, BNF, fr. 5054 f. 185 (fin XVe siècle) : Un cerf s’agenouillant sur le passage de Charles VII devant la cathédrale de Rouen lors de l’entrée royale de 1449.

Le 2 décembre 1431, le jeune souverain Henri VI effectue son entrée royale à Paris. Alors, une chasse au cerf s’organise dans les rues de la Capitale royale. Une première ! Vue la situation tendue de la Guerre de Cent Ans, marquée par le récent couronnement de Charles VII à la cathédrale de Reims, comment comprendre le rôle des cerfs et plus largement des animaux dans ce rituel monarchique ?
Un article à lire en cliquant sur ce lien.
Bonne lecture.

William Blanc

Aucun commentaire sur 1431, une chasse au cerf en plein Paris

La Fantasy de A à Z

Cartographie de la Fantasy « Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l’universitaire Anne Besson à l’occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la…

Cartographie de la Fantasy

« Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l’universitaire Anne Besson à l’occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la Fantasy. Un imposant collectif de plus d’une centaine d’entrées qui nous permet, d' »Amour » à « Vikings » et de « Barbares » à « World of Warcraft » de topographier au mieux des mondes où se croisent Tolkien et Conan, Game of Thrones et Harry Potter. »

Emission diffusée le samedi 16 février sur les ondes de France Culture dans l’émission « Mauvais Genres ».


Aucun commentaire sur La Fantasy de A à Z

Fréquence médiévale : les joutes équestres

Lors de la fête des remparts de Dinan, nous avons eu la chance d’assister au championnat d’Europe de joute équestre en lance réelle. Spectacle impressionnant durant lequel les participants reconstituaient…

Lors de la fête des remparts de Dinan, nous avons eu la chance d’assister au championnat d’Europe de joute équestre en lance réelle. Spectacle impressionnant durant lequel les participants reconstituaient un tournoi du XVe siècle dans les conditions de l’époque. Pour en savoir plus, nous avons interviewé deux membres de l’association des écuyers de l’histoire. Émeline, écuyère et trésorière de l’association, et Michael, champion d’Europe en titre.
Bonne écoute :

Merci à Exomène, le cavalier qui surgit au fond de la nuit (et cours vers l’aventure au galop), pour le montage.

Pour en savoir plus sur la reconstitution, n’hésitez pas à écouter nos précédentes émissions sur le sujet, ici et .

L’image de une de notre article a été réalisé durant le tournoi de Dinan par Alexis Stefanopoulos pour le Reenactment Art Work studio (RAW’s).

William Blanc

Aucun commentaire sur Fréquence médiévale : les joutes équestres

Type on the field below and hit Enter/Return to search