Les maisons aux images – les plafonds peints au Moyen âge

Voilà une très belle vidéo réalisée par les équipes du CNRS, glanée sur internet, consacrée à un aspect méconnu de l’art médiéval. « Dans tout l’arc méditerranéen, à la fin du…

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Voilà une très belle vidéo réalisée par les équipes du CNRS, glanée sur internet, consacrée à un aspect méconnu de l’art médiéval.

« Dans tout l’arc méditerranéen, à la fin du Moyen Âge, les princes, les prélats, des nobles et de grands marchands ont commandé pour leurs demeures de grands décors dont les plafonds peints étaient une pièce maîtresse. »

« Une attention particulière y fut donnée aux closoirs, ces planchettes glissées entre les solives pour cacher le disgracieux espace vide qui les séparent. Les historiens Monique Bourin et Pierre-Olivier Dittmar, ainsi que des conservateurs du patrimoine, des archéologues et des restaurateurs nous font découvrir le sens et la fonction sociale de ces images dans l’univers domestique médiéval. En effet, ces images, sont pour le commanditaire une mise en scène de soi dans son cadre de vie habituel, mais elles sont aussi données à voir à tous ceux qui pénètrent dans ces salles décorées, ancêtres des murs de facebook.

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Y sont figurées en bonne place des armoiries, celles des grands de ce monde (rois et papes), mais surtout celles du maître des lieux (et de son épouse), et de son réseau d’alliances. Des visages y sont peints, ainsi que quelques inscriptions. Tout un monde animal, réel ou fantastique; hybride à corps d’animal et à tête humaine, y est représenté. A quoi s’ajoutent de nombreuses scènes de vie, dont certaines truculentes renvoient aux fonctions du corps, d’autres à des comportements de transgression. Cependant, ces plafonds peints sont encore loin d’avoir révélé tous leurs secrets. Au travers de différents sites, tels que le palais archiépiscopal de Narbonne, et le château des archevêques à Capestang et plusieurs demeures du beau village de Lagrasse, nous découvrons les questions que se posent les chercheurs et certaines techniques scientifiques qui les aident. Outre l’héraldique souvent très précise, la dendrochronologie permet de dater avec précision des pièces de bois issues de la charpente des plafonds peints. Par le prélèvement d’échantillons sont identifiés les pigments et leur valeur. Pendant longtemps, et malgré le talent de nombreux peintres qui s’y sont exercés, ce type d’art a été peu étudié car considéré comme mineur en comparaison de la grande peinture. Dans les années 1990-2000, l’anthropologie, en s’intéressant aux images dites populaires, le remet au goût du jour. Ce regain d’intérêt n’est cependant pas dénué de risque pour ce patrimoine convoité. »

Texte du CNRS.

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Fréquence Médiévale : l’Europe seigneuriale (888-1215)

L’Europe, entre les IXe et XIIIe siècles, connaît d’importants bouleversements. Fin de l’empire carolingien et renouveau de l’idée impériale dans l’aire germanique, affirmation de la papauté, de l’Église, et surtout…

Reconstitution d’un château à motte de la seconde moitié du XIe siècle à Saint-Sylvain d’Anjou

L’Europe, entre les IXe et XIIIe siècles, connaît d’importants bouleversements. Fin de l’empire carolingien et renouveau de l’idée impériale dans l’aire germanique, affirmation de la papauté, de l’Église, et surtout changements économiques et sociaux importants avec l’apparition de société seigneuriale. Pour y voir plus clair, Fréquence Médiévale à décidé d’inviter Laurent Jégou et Didier Panfili, tous deux maîtres de conférences en histoire médiévale et auteurs de L’Europe seigneuriale, 888-1215, excellente synthèse facile d’accès.
Bonne écoute

Merci à Exomène, le seigneur de la technique.

William Blanc

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L’Europe en 900, avec en son centre l’Empire carolingien qui se scinde alors en plusieurs entités.
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L’Europe seigneuriale en 1180, avec l’affirmation progressive des États monarchiques.
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Guillaume le Conquérant revient dans un docu-fiction

Fréquence médiévale s’intéresse au docu-fiction Guillaume le conquérant, et s’est entretenu avec son réalisateur, Frédéric Compain : Fréquence médiévale : comment vous est venue l’idée de faire un docu-fiction consacré…

Fréquence médiévale s’intéresse au docu-fiction Guillaume le conquérant, et s’est entretenu avec son réalisateur, Frédéric Compain :

Fréquence médiévale : comment vous est venue l’idée de faire un docu-fiction consacré à Guillaume le conquérant ?
Frédéric Compain : C’est un producteur qui m’a suggéré l’idée de faire un docu-fiction sur Guillaume le conquérant. Cela tombait bien : je suis né à Rouen et Guillaume est pour moi une figure d’enfance, forcément un peu fantomatique et forte. Et, puisque j’évoque l’enfance, l’idée de reconstituer la bataille d’Hastings par exemple tenait du plaisir enfantin ! Enfin, Guillaume fait partie de ces « grandes figures » dont la célébrité est proportionnelle à l’ignorance du plus grand nombre… C’est devenu une marque, un nom, un peu vidé de contenu et de savoir.
Par ailleurs j’aimais bien l’idée de m’attaquer à un « genre » documentaire bien particulier : le « docu-fiction ». Comment le régénérer, comment ne pas livrer un objet par trop conventionnel ?

FM : comment se sont passées la rencontre et la collaboration avec les historiens ?
FC : Pierre Bouet a été la clef de voûte de cette aventure. C’est à l’issue de notre première rencontre que j’ai décidé de me lancer dans cette réalisation. Sans lui, sans son enthousiasme et son refus de tout conservatisme, le film n’aurait pas été possible. Ensuite il m’a fait rencontrer son ami François Neveu – exceptionnel historien lui aussi – ainsi que d’autres confrères français et anglais. Pierre Bouet a eu une fonction un peu particulière étant conseiller historique du film. Il était présent tous les jours de tournage, vérifiant coiffures et costumes, gestuelle des comédiens et m’évitant tout anachronisme. L’historien est devenu collaborateur artistique, ce qui est suffisamment rare pour être noté.

FM : Avez-vous fait appel à des reconstituteurs pour figurer dans votre film ?
FC : Nous nous sommes appuyés sur plusieurs organisations de reconstitueurs qui se sont mêlés aux comédiens. De grands passionnés qui se sont livrés au jeu avec enthousiasme. Nous avons également utilisés des fonds verts pour multiplier les foules.

FM : SI vous n’hésitez pas à faire appel à la 3D et aux technologies numériques, on sent dans votre travail un besoin de revenir toujours aux monuments, aux textes, aux sources. Pourquoi ?
FC : La plupart des « docu-fictions » jouent une forme de vérisme dans la fiction. C’est une forme d’imposture. Je pense qu’on ne peut pas représenter l’an mille comme si vous y étiez. Le passé en général, dès lors qu’il est représenté, ne peut être qu’une construction plus ou moins imaginaire. Marcel Proust est peut-être le plus grand historien du XXe siècle ! J’ai essayé de multiplier les niveaux de narrations, de jouer avec l’enchantement d’une représentation hypothétique mais aussi avec le doute et le jeu tissé entre réel et imaginaire, certitudes et approximations, présent et passé : nous sommes dans « l’ère du soupçon » chère à Nathalie Sarraute. Ne pas forcément croire à ce que l’on voit, revenir aux textes, interroger les images, celle de la fiction autant que les sources historiques. et créer des sasses entre « la belle histoire » et la connaissance que l’on en a, parsemée d’approximations. D’ailleurs Pierre Bouet intervient directement dans la reconstitution de la mort de Guillaume, laissant bien entendre que nous sommes dans une tentative de représentation et pas du tout dans une réalité figée, qui pourrait être perçue comme la vérité définitive. Je crois que c’est comme cela que la connaissance peut s’imposer : par approximations successives.

Pour visionner la bande annonce, suivez ce lien.

Propos recueillis par William Blanc

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La sorcière médiévale. Retour sur un mythe cinématographique

La figure de la sorcière est devenue, après la publication du livre de l’historien Jules Michelet La sorcière (1862) l’un des grands mythes associés au Moyen Âge. Il suffit pour…

La figure de la sorcière est devenue, après la publication du livre de l’historien Jules Michelet La sorcière (1862) l’un des grands mythes associés au Moyen Âge. Il suffit pour cela de regarder le premier long-métrage de Walt Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains (1937). Pourtant, c’est à partir de la fin du XVe siècle, et surtout aux XVIe et XVIIIe siècles que commencent les grands procès de sorcelleries. Fréquence Médiévale a donc décidé de s’intéresser aux jeteuses de sorts dans le cinéma et la bande dessinée à travers quelques œuvres pour mieux comprendre les ressorts du mythe, en quatre articles disponibles dès aujourd’hui en téléchargement libre et gratuit :

  • Le moine et la sorcière, irréel réalisme, consacré au film Le Moine et la Sorcière (1987) avec Techky Karyo, Christine Boisson, Jean Carmet qui décrit les enquêtes d’un moine dominicain dans un village du XIIIe siècle. Article à lire ici.
  • Belladonna. Michelet au Mont Fuji. Retour sur un OVNI cinématographique, Belladonna (1973), un dessin animé japonais qui propose une adaptation de La sorcière de Jules Michelet et qui brode une mythologie féministe autour des jeteuses de sorts médiévales. Article à lire ici.
  • Jeanne Dark. Celle qui porte la lumière… consacré à la bande dessinée Moi, Jeanne d’Arc (2012) conçue par Valérie Mangin au scénario et Jeanne Puchol au dessin et qui part de l’hypothèse que Jeanne d’Arc était vraiment une sorcière. Article à lire ici.
  • Ajoutons enfin l’interview du médiéviste Jean-Claude Schmitt dont le livre Le saint lévrier (1979) a servi de base au film Le moine et la sorcière. Article à lire ici.
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Pour en savoir plus sur les sorcières au Moyen Âge et à l’époque moderne, nous vous recommandons le livre de Ludovic Viallet, Sorcières ! la Grande chasse, Armand Colin, 2013.
Bonne lecture

William Blanc

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Fréquence médiévale : les hérauts d’armes au Moyen Âge

Pour sa centième émission (eh oui, déjà !), Fréquence médiévale s’intéresse aux hérauts d’armes, personnages que l’on aperçoit souvent dans les films sans vraiment les connaître. Pour découvrir ces hommes…

Pour sa centième émission (eh oui, déjà !), Fréquence médiévale s’intéresse aux hérauts d’armes, personnages que l’on aperçoit souvent dans les films sans vraiment les connaître. Pour découvrir ces hommes cruciaux au bon fonctionnement de la société féodale, à la fois impresario, agents secrets et diplomates, nous avons le plaisir de recevoir Georges-Xavier Blary qui, depuis plus de quatre ans, monte patiemment les émissions de Fréquence médiévale sous le nom d’Exomene. Il a consacré voilà quelques années un mémoire aux hérauts d’armes soutenu à l’université de Lille 3 (« Une figure de l’autorité. L’officier d’armes à la cour de Bourgogne (1404-1467). ») que vous pouvez lire en cliquant ici.
Bonne écoute :

Référence de l’image : René I d’Anjou, Traité de la forme et devis comme on peut faire les tournois, BNF Fr. 2695, XVe siècle (vers 1462-1465).
que vous pouvez voir en intégralité ici sur le site de Gallica.

Merci à Exomène pour le montage et l’intervention.

Merci aussi à toutes celles et ceux, historien-ne-s, archéologues, spécialistes de littératures, auteur-e-s, reconstituteurs et reconstitutrices, qui sont venu-e-s parler au micro de Fréquence médiévale.

Merci aussi à vous, toutes et tous, qui nous suivent et nous écoutent. Et rendez-vous très bientôt pour la 200e !

William Blanc

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Les samouraïs : mythe, cinéma et manga

Le mythe des samouraïs est d’autant plus présent dans nos sociétés qu’il a été relayé par une impressionnante production cinématographique qui déborde les frontières du Japon et le genre historique….

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Le mythe des samouraïs est d’autant plus présent dans nos sociétés qu’il a été relayé par une impressionnante production cinématographique qui déborde les frontières du Japon et le genre historique. La bande dessinée – et pas seulement les mangas – n’est pas en reste, pas plus que les jeux vidéo, ou la musique populaire, du rock au rap. Pour explorer cet imaginaire toujours vivace, nous vous proposons trois articles en accès libre. Bonne lecture :

  • Les samouraïs : année zéro. Figure centrale de l’histoire du Japon, le samouraï devient l’objet d’interprétations décapantes dans les arts populaires nippons après la Seconde Guerre mondiale. Dès les années 50, le cinéaste Akira Kurosawa et le mangaka Osamu Tezuka revisitent cette figure pour mieux parler du Japon contemporain dans toutes ses contradictions. Article à lire ici.
  • Harakiri. La mort n’est pas un métier. Retour sur le film mythique Harakiri (1962) de Masaki Kobayashi qui critique, à travers l’histoire d’un samouraï accomplissant le rituel du seppuku (suicide), l’utilisation de la figure du samouraï par le régime militariste durant la Seconde Guerre mondiale. Article à lire ici.
  • Lone Wolf and Cub. Le loup et l’agneau. Avec le gekiga Lone Wolf and Cub, bande dessinée culte des années 70, le dessin réaliste montre la condition de samouraï sous un jour encore plus sombre. Article à lire ici.
  • Vous pouvez également consulter à nouveau notre article consacré à l’histoire des samouraïs en vous rendant sur cet page.

William Blanc

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Fréquence médiévale : Robin des Bois

Robin des Bois. Voilà un personnage que nous connaissons toutes et tous grâce aux multiples adaptations de ses exploits pour le grand écran, çà commencer par le très grand film…

Errol Flynn dans "Les aventures de Robin des Bois" (1938)
Errol Flynn dans Les aventures de Robin des Bois (1938)

Robin des Bois. Voilà un personnage que nous connaissons toutes et tous grâce aux multiples adaptations de ses exploits pour le grand écran, çà commencer par le très grand film de Michael Curtiz en 1938 avec Errol Flynn. Mais le bandit qui prend aux riches pour donner au pauvre a-t-il vécu au temps des premiers Plantagenêt ? A-t-il vraiment combattu le prince Jean ?
Pour en savoir plus, nous avons eu l’immense plaisir d’interviewer l’historien Jacques Rossiaud. Nous l’avons retrouvé dans la forêt de Sherwood, où il nous a entrainés à la découverte des premières mentions du mythe de Robin et des différentes versions de sa légende au Moyen âge.
Bonne écoute :

Merci, pour le montage, à Exomène, le frère Tuck des mp3 (et de la bière trappiste).
Et, pour en savoir plus sur les représentations de Robin des Bois au cinéma, vous pouvez également regarder cette vidéo sur notre chaîne YouTube, diffusée à l’origine sur France 5.

N’hésitez pas à écouter l’excellente émission « On révise nos classique » diffusée sur Radio Campus Paris, qui a consacré un de ses épisodes à une analyse du film de Michael Curtiz.

William Blanc

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Reconstituer du pain médiéval – interview avec Soleil de Brocéliande

Soleil de Brocéliande, ce sont des artisans qui reproduisent des recettes de pain médiéval. Interview, entre deux fournées, de Marc Durand, à l’initiative du projet. Fréquence médiévale : Quel est…

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Soleil de Brocéliande, ce sont des artisans qui reproduisent des recettes de pain médiéval. Interview, entre deux fournées, de Marc Durand, à l’initiative du projet.

Fréquence médiévale : Quel est votre métier d’origine et comment vous est venue l’idée de reprendre des recettes de pain médiéval ?
Marc Durand : J’ai commencé mon activité en fabriquant un hydromel que je voulais le plus historique possible. J’ai toujours été passionné par l’Histoire. Ensuite, j’ai fabriqué des pâtisseries traditionnelles toutes en bio. Lorsque je suis tombé sur un recueil de recettes du Moyen Âge, j’ai eu aussitôt envie de les essayer. Cela fait plus de 25 ans. Assez rapidement, je me suis spécialisé en expérimentant et en améliorant mes connaissances sur la question. J’ai aussi fait des repas historiques pendant trois saisons à La Ferté Clairbois.

FM : Vous inspirez-vous de livre de recettes d’époque, et, si oui, lesquels ?
MD : De mon point de vue, ce qui est intéressant, c’est de restituer le plus fidèlement possible ce qui se faisait à l’époque. Cela veut dire suivre les textes à la lettre et travailler à l’identique de nos prédécesseurs de l’époque. Bien sûr, les incontournables recueils de Taillevent et du Mesnagier de Paris sont utilisés, mais aussi d’autres, anglais, italiens, allemands, catalans, etc… Certaines des recettes que nous faisons figurent dans des ouvrages universitaires traitant de la cuisine médiévale, l’important pour nous étant d’avoir le texte d’origine.

FM : À partir de quels ingrédients procédez-vous ? Choisissez-vous des farines spéciales ?
MD : Nous n’utilisons que des ingrédients issus de culture biologique, car ce mode de production est celui qui permet le plus de se rapprocher de ce qui se faisait à l’époque, tant en saveur qu’en texture. Il peut nous arriver d’utiliser toutes les sortes de céréales employées au Moyen Âge, notamment pour les pains dont il y avait une grande variété. Je pense connaître et avoir eu l’occasion de réaliser une bonne quinzaine de types de pains différents. Il va de soi que nous ne travaillons qu’au pur levain sauvage sans adjonction de levure qui était interdite, car considérée comme malsaine en boulangerie.

Reconstitution de pétrins en bois d'après un vitrail de la cathédrale de Chartres. Photo Soleil de Brocéliande
Reconstitution de pétrins en bois d’après un vitrail de la cathédrale de Chartres. Photo Soleil de Brocéliande

FM : Vous avez, de plus, tenté de reconstituer un four médiéval et des pétrins en bois. Quelles sont les spécificités de ces outils ?
MD : Notre principe est de travailler à l’identique et donc le mode de cuisson ne peut être qu’une restitution d’un four médiéval (les fours que nous avons construits sont d’un modèle particulier à foyer inférieur très peu répandu, mais attesté au XIe siècle et aussi sur un vitrail de la cathédrale du Mans). De la même façon, le pétrissage manuel dans une restitution d’un pétrin médiéval (nous avons pris comme référence le vitrail des Apôtres de Notre-Dame de Chartres), outre le plaisir d’utiliser un si bel objet, nous permet d’obtenir une texture particulière et c’est vrai aussi pour la cuisson. Je ne voudrais en changer pour rien au monde.

FM : Nous avons beaucoup aimé le rouleau à la figue. Quelle est la spécialité la plus plébiscitée par vos clients ?
MD : A coup sûr, c’est une des spécialités qui remporte le plus de succès, mais il y en a un certain nombre qu’il serait difficile de départager et puis cela peut parfois varier d’une saison à l’autre. Nous pensons tout de même aux kuskenoles, tartes de massepain ou de pommes, frexols. Les recettes tirées d’Hildegarde de Bingen ont aussi un succès qui ne se dément pas au fil des années.

Retrouvez Soleil de Brocéliande sur leur site.

Propos recueillis par William Blanc

Reconstitution d'un four à bois du XIe siècle. Photo Soleil de Brocéliande
Reconstitution d’un four à bois du XIe siècle. Photo Soleil de Brocéliande
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Fréquence Antiquité : les légions romaines

Fréquence médiévale quitte le temps d’une émission le Moyen âge pour s’aventurer dans l’Antiquité et parler des légions romaines et de l’organisation militaire de l’Empire romain. Pour découvrir ce vaste,…

Fréquence médiévale quitte le temps d’une émission le Moyen âge pour s’aventurer dans l’Antiquité et parler des légions romaines et de l’organisation militaire de l’Empire romain. Pour découvrir ce vaste, très vaste sujet, nous avons invité à notre micro Yann Pedron Flores qui a consacré un mémoire aux armées impériale au IIIe siècle de notre ère.
Bonne écoute :

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire le livre de Pierre Cosme, L’armée romaine. VIIIe s. av. J.-C.-Ve s. ap. J.-C., Armand Colin, 2012.
Vous pouvez également aller sur le site de la troupe de reconstituteurs de la Légion VIII Augusta qui se spécialisent dans l’histoire des légions romaines.

Merci à Exomène, le centurion des platines, pour le montage.

William Blanc

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Les dragons au Moyen Âge… et au-delà

Les dragons fascinent notre imaginaire. On les aperçoit dans les films ou les séries de fantasy. mais comment les percevait-on au Moyen âge où ils étaient considérés comme des animaux…

Les dragons fascinent notre imaginaire. On les aperçoit dans les films ou les séries de fantasy. mais comment les percevait-on au Moyen âge où ils étaient considérés comme des animaux à part entière. Pour en savoir plus, nous sommes allés poser quelques questions à l’anthropologue Jean-Marie Privat qui a dirigé deux ouvrages passionnants sur la question : Dans la gueule du Dragon (2000) et Dragons : entre sciences et fictions (2006).

Fréquence médiévale : Quelles sont les légendes draconiques les plus en vogue au Moyen âge ?

Jean-Marie Privat : Il convient de distinguer deux périodes. Le premier Moyen Âge a connu surtout des légendes à dragons liées à la christianisation des couches de la population les plus rétives à changer radicalement de croyances. La « stratégie » de l’Église envers les rustici (les paysans) semble avoir été de développer un catéchisme de la peur dans lequel les images et les imaginaires à dragons s’organisent autour d’une conception dogmatique : le dragon c’est le Malin, le dragon c’est le Mal, nocturne et diabolique, hybride et malfaisant. Il convient ainsi que les saints (St Michel, St Georges, St Marcel, etc.) et même les saintes (Ste Marguerite, Ste Marthe) affrontent le monstre païen – à Paris, à Metz, à Tarascon, etc. – et l’éliminent. On retrouve des combats à la vie à la mort dans Tristan et Yseult et dans les récits autour du roi Arthur, et bien d‘autres. Mais dans ces mythes « littéraires », ce sont plutôt les chevaliers qui combattent le dragon, à leurs très grands risques et périls, comme en un rite de passage.
La fin du Moyen Âge sera plutôt une période d’efflorescence des dragons des villes. Les dragons urbains sont particulièrement présents sur les blasons des cités libres, riches et marchandes et dans les défilés que ces villes franches aiment à offrir à leur population, à s’offrir à elle-même en quelque façon. Dans ces processions festives, le dragon est promené en effigie et petits comme grands s’amusent à se faire peur avec un bestiaire domestiqué (les ours, les lions voire les loups font aussi l’affaire !). C’est en somme le totem de la Cité, un signe de reconnaissance et de ralliement, un jeu collectif avec l’ensauvagement rituel et public. Et le dragon, dûment tenu en laisse, crache des bonbons ou un feu d’artifice, boucle son tour de ville, disparaît pour revenir à date fixe, un an plus tard.

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Paolo Uccello, Saint Georges et le dragon (1450-1455)

FM : Quelle apparence avait les dragons au Moyen âge ?

JMP : Les dragons médiévaux, les « vrais » si j’ose dire, font partie d’un bestiaire fabuleux ou exotique très riche (licorne, animaux à trois têtes, etc.). La particularité physique des dragons est d’être composite. La Bible donnait déjà la liste des animaux purs et impurs – le livre du Lévitique en particulier). Or, une des raisons de ces interdits alimentaires réside dans l’hybridité de ces animaux (par exemple, les grenouilles qui vivent dans et hors de l’eau, les escargots qui sont à la fois mâles et femelles, etc.). Ainsi, jusqu’au Moyen Âge cette hybridité était-elle perçue comme répugnante et dangereuse. Les dragons volent comme des oiseaux, portent des écailles comme les poissons, ont une queue de mammifères. Ils apparaissent dans les airs, se cache au fond des forêts ou dans des grottes, se cachent dans les marais ou sur les berges des rivières qui serpentent. Ils sont ainsi au plus loin des valeurs d’harmonie et d’homogénéité, de continuité et de pureté donc, que valorise la culture médiévale, tant la culture folklorique ou officielle que la culture savante sacrée.
Les dragons sont toutefois des « créatures » paradoxales, car si elles ne sont pas anthropomorphes elles permettent toutefois de « penser » un trait anthropologique fondamental, le rôle de la femme, du corps fécond de la femme. La femme (la femelle) a cette extraordinaire propriété d’enfanter du même (une fille) comme de l’autre (un garçon). Cette faculté intrigue les humains, sur le plan cognitif pourrait-on dire : comment le même peut engendrer l’autre (relativement autre). Tout se passe comme si cette « bivalence » se trouvait incarner par l’ambivalence physique du dragon, cette familière étrangeté comme dirait S. Freud.

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Le dragon Smaug peint par J.R.R. Tolkien pour la première édition de Bilbo le Hobbit (1937)

FM : En quoi les dragons qui peuplent la littérature, les jeux, la fantasy, sont-ils différents des dragons médiévaux ou anciens ?

JMP : Sans trop sortir de mon domaine de moindre incompétence, il me paraît que les dragons modernes et contemporains ont achevé leur parcours religieux (le diabolique) et politique (le totémique). Ils sont aptes à être investis par d’autres valeurs, d’autres usages aussi. Pas n’importe lesquels toutefois (ils ne jouent que rarement le rôle de doudou par exemple !). « Nos » dragons sont festifs (déguisements) ou ludiques (les jeux à dragons). Ils incarnent une fantaisie précisément, une facétie presque de la nature. Ils sont source de ce que les anthropologues appellent un « ensauvagement symbolique », un ensauvagement dans le symbolique, « pour s’amuser » ou « pas pour de vrai », un peu comme pour le Père Noël, autre ensauvagement cyclique et festif très contemporain. Pourquoi ces dragons de fiction peuvent-ils fort bien se ressourcer à des imaginaires médiévaux ? Une des raisons est que le Moyen Âge est pour nous [au moins depuis le romantisme] une époque de rêverie culturelle à la fois proche et lointaine… Une autre raison tient sans doute au fait que l’époque moderne voit se développer toujours plus l’empire de l’écrit. Or, l’emprise de l’écrit c’est – entre autres bien sûr ! – le règne sans partage de la ligne, la ligne droite, régulière, continue, homogène, presque abstraite sur laquelle je lis / vous lisez ce texte. La saturation au linéaire, au rectiligne, à l’alignement, bref à l’impératif omniprésent de la ligne droite (d’écriture et autres) menace ! Alors, c’est le courbe, l’arabesque, le tortueux, le sinueux, l’onduleux qui déploient alors leurs séductions serpentines… Et voilà notre dragon dans la cour de récréation/re-création…

Gary Gygax,
Gary Gygax, Frank Mentzer, Dungeons and Dragons, 1983. La dragon à jouer.

Propos recueillis par William Blanc

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